OBSERVATOIRES Egalité des chances / échec scolaire

La logique de l’individualisation

article paru dans l’US 643 du 28 actobre 2006

LA LOGIQUE DE L’INDIVIDUALISATION

« ÉGALITÉ DES CHANCES »... OU ÉGALITÉ ? Le SNES a récemment consacré deux journées Observatoire à cette notion « d’Égalité des chances » afin de montrer ce qu’elle recouvre et les dangers qu’elle contient. Les contributions des différents intervenants et les débats sont en ligne sur le site http:/www. snes.edu/observ/spip

L’égalité des chances est le maître mot de notre gouvernement. L’idée oriente la plupart des dispositifs actuels, de la Loi Fillon à la loi Borloo. C’est aussi celle qui est déclinée dans bon nombre de discours politiques, en cette période préélectorale.

Pourquoi une telle obstination à accoler le mot « chances » et somme toute, une certaine part de loterie, à un principe comme celui d’égalité ? Un début d’explication réside dans la conférence de presse de rentrée de notre ministre : « L’Égalité des chances » nous dit-il « c’est le mérite ». Audelà d’un discours populiste sur le thème du retour aux valeurs d’antan, il y a dans cet aveu tout un programme : transformer les échecs actuels du système éducatif qui ne parvient pas à renverser les inégalités sociales, en échecs individuels liés au mérite de chacun.

La logique de l’individualisation des parcours dans le cadre de la mise en place de la loi Fillon est la pierre angulaire de cette mutation radicale de notre système éducatif. Assortie du PPRE elle permet de transformer l’engagement collectif d’une société, basé sur le principe fondamental d’égalité, pour faire réussir tous les élèves dans le cadre d’un programme national, en une « faveur accordée » sous condition de « bon » comportement, pour obtenir ou conserver ce que la loi prévoit. Mais à l’arrivée, tout le monde n’aura pas « saisi sa chance » et les inégalités constatées seront donc entièrement... méritées.

Or nous savons bien qu’apprendre est essentiellement un acte collectif, et que ce qui est décisif, c’est la réussite des apprentissages en classe. À l’inverse, l’efficacité des remédiations, soutiens particuliers et autres stratégies individualisantes est remise en cause à la fois par les enseignants qui n’y croient guère (ou sauf dans des cas très particuliers) et par les résultats de la recherche. C’est au moment de la mise en place des apprentissages qu’il faut donner un maximum de « chances », en diversifiant les situations d’enseignement. Il faut investir dans la formation des enseignants, le travail de concertation, la confrontation des pratiques, la diffusion des recherches scientifiques et mettre en place une véritable réflexion sur les contenus d’enseignement, réflexion que court-circuite à nos yeux le Socle commun en réduisant le savoir à des compétences utilitaristes.

Sylvie Nony
sylvie.nony@snes.edu

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