Nouvelles internationales

La lutte syndicale paie en Guinée (Conakry)

Une intersyndicale de l’éducation guinéenne salue l’aboutissement d’une longue lutte et d’âpres négociations qui ont permis la signature d’un protocole d’accord avec le gouvernement, qui amène de substantielles améliorations pour les enseignants du pays.

Dès janvier 2019, une intersyndicale composée des trois principaux syndicats (SNE, FSPE, SLECG) déposait un mémorandum très précis indiquant ses revendications :
-  le doublement de toutes les primes attribuées selon les fonctions exercées, prime de craie (enseignants), de transport, de logement, de documentations, d’encadrement pédagogique (formateurs) ainsi que des indemnités particulières : selon la région et les risques.
-  Le doublement des salaires

A moyen terme, les syndicats réclamaient également un meilleur avancement dans les carrières, la création d’une banque d’habitat pour financer les logements sociaux, la construction de logements sociaux, la réglementation du secteur privé de l’éducation. Ils demandaient de revoir la situation des enseignants contractuels en vue de leur intégration dans la fonction publique et des plans de formation continue pédagogique, tant pour les contractuels que pour les titulaires.
Dans le même temps, une branche dissidente du SLECG portait la question de l’assainissement du fichier des personnels de l’éducation. Ces camarades soupçonnent en effet que le ministère finance de nombreux emplois fictifs et pensent que l’assainissement permettrait de récupérer des fonds pour satisfaire les revendications. Mais l’intersyndicale n’a pas voulu évoquer ce sujet épineux, aux implications sans doute imprévisibles.

De nombreuses grèves et manifestations ont émaillé l’année scolaire, soulevant parfois l’exaspération de la population. On a même vu dans certaines communes des élèves caillassant les établissements en grève…

C’est dans ce contexte difficile et à la limite de la sécurité que les syndicats doivent trouver la voie juste pour mener leurs luttes. Face à un gouvernement ne respectant pas toujours ses engagements, prenant à témoin l’opinion publique en rappelant aux enseignants leur responsabilité dans l’éducation des jeunes, les syndicalistes ont également alterné la conciliation et la fermeté.

C’est ainsi qu’un protocole a été signé le 24 janvier dernier faisant explicitement référence au mémorandum de l’intersyndicale. Ce protocole concerne également l’enseignement supérieur. Il prévoit l’instauration d’une « prime d’incitation » pouvant représenter 25 à 50% d’augmentation de salaire, un plan de recrutement d’enseignants pour le primaire et le secondaire, la construction de logements sociaux avec priorité d’attribution aux enseignants, la mise en place d’une formation continue. Enfin, les primes spécifiques évoquées dans le mémorandum sont en cours d’examen pour une éventuelle réévaluation.
Selon Salifou Camara, secrétaire général de la FSPE « c’est une très grande victoire de l’intersyndicale, cela faisait longtemps en Guinée qu’on avait pas vu un tel effort financier de la part de notre gouvernement  ».
Le SNES-FSU qui a rencontré plusieurs fois la FSPE et soutient ses activités par un programme de coopération syndicale, salue le sens des responsabilités des militants et militantes qui se sont battu pied à pied pour l’amélioration la situation des enseignants de Guinée.

FSPE : fédération des professionnels de l’enseignement
SNE : syndicat national de l’enseignement
SLECG : syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée

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