Actualité théâtrale

au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 21 févier

"La mélancolie des dragons" Conception, texte et mise en scène Philippe Quesne

Sur la scène, une vieille Citroën visiblement en bout de course, et sa caravane dans un décor boisé et enneigé. Dans l’habitacle de la voiture, quatre personnages écoutent pendant un long moment des extraits musicaux d’AC/DC, Colleen, John Cage, C.Jérôme, Wagner, Scorpions, Elmer Bernstein ou Joseph Haydn. Le choix des extraits, résultat d’un zapping capricieux et reconduit, dure de longues minutes hilarantes et parfaitement maîtrisées.
Au bout d’un moment arrive, juchée sur son vélo, une femme, Isabelle, à qui tous, les passagers de la voiture et ceux qui sortent de la caravane, font la bise. Penchée sur le moteur, elle finit par identifier la panne mais quand elle appelle le garagiste, on apprend que le delco mettra sept jours à arriver.
Ils ont tous un look identique, les mêmes cheveux longs, fonctionnent en communauté et on apprend très vite que leur tournée propose un spectacle constitué de numéros basiques, sans grande originalité mais dont les protagonistes parlent comme d’une création des plus originales et inventives. Les attractions qu’ils proposent, fumigènes associés à des projections de bulles de savon, structures géantes gonflables n’impressionnent qu’eux-mêmes et Isabelle, spectatrice admirative et acquise à la démonstration même la plus foireuse.
Le spectacle est à l’image de ses protagonistes, babas-rockers, nonchalants-naïfs personnages marginaux lovés dans l’autosatisfaction candide et sans doute sincère. Mais Philippe Quesne mène son entreprise atypique avec beaucoup de finesse, une subtilité et un bel entêtement à rester dans une tonalité qui pourrait lasser. Tout au contraire, ces mêmes raisons qui pourraient rendre le spectacle languissant se retournent en sa faveur. Le public accepte le jeu mais c’est sans doute aussi parce qu’il se trouve face à un ovni, un spectacle inclassable qui ne cède à aucune compromission et qui provoque le rire sans jamais le forcer voire sans jamais le vouloir.
Il faut aller voir ce spectacle qui offre un dépaysement total et qui vient en contraste avec tout ce qu’on peut voir sur une scène de théâtre.
Francis Dubois

Théâtre du Rond-Point
2bis Avenue Franklin Roosevelt
75 008 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)