Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 octobre au Théâtre des Amandiers à Nanterre

« La mouette » Partenaire Réduc’Snes

Il y a eu de nombreuses mouettes proposées aux spectateurs l’an passé. C’est une pièce emblématique dans l’œuvre de Tchekhov, une pièce où chacun aime celui ou celle qui ne l’aime pas. Arkadina, actrice célèbre, égocentrique, narcissique et avare, ne se soucie guère de son fils, Treplev, qui aspire à devenir un grand poète capable d’inventer de nouvelles formes. Elle jalouse Nina, la jeune fille aimée de son fils qui rêve de devenir une actrice couverte de gloire. Treplev voudrait gagner l’amour de sa mère et jalouse Trigorine, son amant, un écrivain plus jeune qu’elle, qui lui permet de croire que les années glissent sur elle sans entamer son pouvoir de séduction. Trigorine se laissera pourtant tenter par Nina, qui l’admire et qu’il détruira, comme par désœuvrement. Elle restera abonnée aux tournées minables et passera à côté de l’amour de Treplev, qui ne s’en remettra pas.
Théâtre : La mouette
Comme le dit le metteur en scène, Frédéric Bélier-Garcia : « Raconter La Mouette , c’est mettre en acte cette grande bataille immobile qu’est la vie, où tout est déjà « trop tard ». Chacun poursuit un amour, une ambition, une chimère qui se dérobe quand il croit la tenir… Chacun fabrique sa stratégie pour supporter la tragédie de devoir vivre la vie de quelqu’un qu’il méprise ».

Frédéric Bélier-Garcia propose une mise en scène classique de La Mouette , où la petite musique de Tchekhov n’est pas étouffée par le narcissisme de metteurs en scène affamés de pseudo-nouveautés. Dans un décor astucieux qui permet de passer de la forêt aux intérieurs cosy, il s’attache à faire entendre Tchekhov, la vie dans cette maison à la campagne au bord d’un lac où l’on joue au loto, où l’on parle d’argent et beaucoup de littérature et de théâtre. Chacun y déroule sa partition et offre le spectacle d’une société où la génération ancienne ne veut pas passer la main à la génération suivante et l’étouffe. Il a ainsi mêlé jeunes acteurs et vétérans. Il a confié le rôle d’Arkadina à sa mère Nicole Garcia. Elle est parfaite en actrice égocentrique, dont tous les gestes sont calculés au service de sa propre gloire. Face à elle Ophélia Kolb est une Nina, toute vêtue de blanc, dont les élans vont être fracassés. Magne-Havard Bekke, en Trigorine lucide et résigné fait face à Manuel Lelièvre qui incarne un Treplev dont la révolte se brise sur le manque d’amour. Tous les autres acteurs mériteraient d’être cités. Chacun tient avec talent sa place dans ce monde habité par le vide, l’ennui, la nostalgie de ce qui aurait pu être mais n’est pas, et où chacun reste avec ses frustrations et son égoïsme. C’est poignant et éblouissant.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30, le jeudi à 19h30

Théâtre Nanterre-Amandiers

7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00

www.nanterre-amandiers.com

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