Actualité théâtrale

Athénée – Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 13 octobre 2012 - En alternance avec "Oncle Vania"

"La mouette" Texte d’Anton Tchekov, mise en scène Christian Benedetti

Le décor est le même pour "La mouette" que pour "Oncle Vania" à la différence près qu’il y a ici en guise de rideau de théâtre, un drap que revêtira en toge, Nina quand elle jouera le texte de Treplev et qui servira de revêtement au divan, quand les mêmes éléments de décor figureront le salon.

Pour ce qui est de la rapidité avec laquelle le texte est dit, l’effet de surprise passé, on l’intègre plus immédiatement et sans difficulté à la mise en scène . Une fois de plus, le miracle se produit et Christian Benedetti nous embarque. Les scènes se succèdent à toute vitesse et se superposent même aux brefs changements de décors (déplacements de quelques éléments). Ainsi le moment de l’étreinte réunissant Trigorine et Nina où le couple enlacé est repoussé d’un bloc vers les coulisses.

Les instants de silence, moins nombreux et moins appuyés que dans "Oncle Vania" donnent sa respiration au texte épuré, réduit aux moments essentiels. La vision de Christian Benedetti du théâtre de Tchekov donne l’impression, malgré l’intervalle de plus d’un siècle, d’une sorte de complicité fraternelle.

On a vu Tchékov revisité avec bonheur par Daniel Véronèse (c’était déjà "Oncle Vania"). On a vu un certain nombre de textes classiques réadaptés par Gwénaël Morin. Christian Benedetti travaille ici dans cette même mouvance et même si les puristes auront préféré les mises en scène d’Alain Françon (remarquable Cerisaie) il flotte, dans la salle de l’Athénée, en fin de représentation, parmi le public, un air de bonheur.

Francis Dubois

Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Square de l’Opéra Louis-Jouvet, 7 rue Boudreau 75 009 Paris
Réservation 0153 05 19 19 / www.athenee-theatre.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative)

"Oncle Vania" Texte d’Anton Tchekov - En alternance avec "La mouette"

Un décor très dépouillé constitué, sur le fond du plateau, d’une table, de chaises d’école et sur le devant, d’un long banc de ferme.

On est surpris, dès les premières répliques entre le docteur et la nounou, du débit rapide des dialogues où les répliques fusent avec la rapidité d’un tir de mitraillette. Lorsque Ivan Petrovitch apparaît, on comprend que le texte de la pièce sera débité comme pour une Italienne, de façon égale et à la vitesse du cheval au galop.

La première réaction est, à défaut d’une irritation, une sorte de malaise. Est-ce que le texte d’ "Oncle Vania" raccourci, ramené à une durée d’une heure quinze, va tout au long être débité de la même façon par tous les acteurs ? C’est la cas, et on serait prêt à baisser les bras, quand tout à coup, avec l’apparition d’abord ponctuelle, puis systématique de silences, la pièce trouve une étonnante respiration et tout se met en place. Le rythme est là et la rupture de ton entre des répliques lancées à toute vitesse et les silences soudains, installent le climat de la pièce.

Le texte d’Anton Tchekov est respecté. Il a été raccourci, limitant les scènes à l’essentiel. Les moments saillants de la pièce suffisent à créer l’atmosphère et à composer la ligne dramatique.

Au fur et à mesure qu’on avance dans la représentation, les silences deviennent plus longs, plus "éloquents", jusqu’à prendre, à certains moments, la forme d’arrêts sur image. Cet "Oncle Vania" revisité par lui, devient un magnifique moment de théâtre.

Dans "La mouette" qui est jouée en alternance sur le même plateau, au cours de l’acte 1, Treplev dit à Sorine "Il faut des formes nouvelles, voilà ce qu’il faut, et s’il n’y en a pas, alors tant qu’à faire, plutôt rien". Cette consigne qui date du tout début du dix-neuvième siècle, Christian Benedetti la reprend à son compte et l’applique pour le plus grand bonheur du spectateur.

Une belle réussite !

Francis Dubois

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