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Un film de Javier Rebollo (Espagne France)

"La mujer sin piano" Sortie en salles le 13 juillet 2011

Rosa entend sans arrêt un sifflement dans l’oreille et pour cela, elle a consulté toutes sortes de spécialistes.
Son oto-rhino a diagnostiqué une ouïe trop fine et le neurologue lui a conseillé, pour réduire l’inconfort dû aux acouphènes, de multiplier autour d’elle, les bruits d’ambiance, de mettre la radio et la télévision à leur maximum…
Rosa mène une vie terne dont elle s’est toujours accommodée. Elle a toujours partagé son temps entre les tâches ménagères dont elle s’acquitte avec soin, la préparation des repas et son travail qui consiste à épiler le corps des femmes à la pilosité trop développée.
Une nuit pourtant, pendant que son mari dort dans la chambre conjugale, elle range dans une valise quelques effets, enfile une perruque brune et quitte l’appartement.
Tout prête à croire qu’elle a son idée au moment où elle sort de chez elle en pleine nuit. Mais en réalité, elle n’a aucun projet précis et se contente d’interrompre sa déambulation nocturne en prenant place ici et là, dans des lieux encore ouverts.
C’est dans une salle d’attente qu’elle rencontre Radek, un jeune homme polonais dont l’apparente marginalité à des points communs avec son escapade nocturne.

Radek, malgré des comportements décalés, porte en lui quelque chose de doux et de rassurant. Elle est attirée par le garçon et décide, dès lors qu’ils ont lié connaissance, d’agir au cours de cette nuit, en roue libre.
Elle ira même jusqu’à aller acheter au guichet de la gare, un billet pour la Pologne, mais elle sait à coup sûr, au moment où elle en fait l’acquisition, qu’elle ne l’utilisera jamais.
Le jeu de cette nuit est à mener jusqu’aux limites de son possible…
"La mujer sin piano" est le genre de film dont d’aucun dira qu’il ne s’y passe rien et que les errances d’une femme de cinquante ans dans les rues d’une ville, toute une nuit, n’ont rien de palpitant.
C’est ici tout le contraire et le déroulement de cette nuit où tout peut arriver, sorte d’équipée intime, tient dans la façon dont Javier Rebollo tient les rênes de son personnage, le guidant à l’instinct, le laissant libre, parce qu’il sait qu’elle les connaît, de choisir les limites au-delà desquelles il lui serait risqué voire impossible d’aller.
Il s’agit plus d’une longe que de rênes et les frontières du parcours sont dictées par la force d’une existence routinière à laquelle Rosa n’échappera pas même si elle concrétise son désir d’évasion et d’amour avec l’achat du billet pour la Pologne.
La nuit, tour à tour drôle, douloureuse et tendre, comporte autant de danger que de douceur de vivre et Rosa, sorte de salamandre, a comme défense contre les flammes qu’elle traverse, son innocence et sa sincère mais fausse détermination.
Les comédiens, tous deux magnifiques, contribuent largement à la réussite de cette œuvre envoûtante….
Francis Dubois

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