Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Dominique Rocher (France)

« La nuit a dévoré le monde » Sortie en salles le 7 mars 2018.

En se levant ce matin là, alors que la fête à laquelle il a participé durant la nuit tire à sa fin, Sam ne peut que se rendre à l’évidence : Il est le seul à avoir été épargné alors que les parisiens transformés en morts-vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé par le spectacle qu’il a sous les yeux et par la peur qui l’envahit, il va devoir se protéger et s’organiser pour survivre et échapper à l’hécatombe.

Mais Sam est-il vraiment de seul survivant de cette terrible nuit ?

Cinéma : la nuit a dévoré le monde

Le roman de Pit Agarmen (anagramme de Martin Page) est à l’origine de ce film assez inattendu dans la production cinématographique française.

Sam est un solitaire doublé d’un misanthrope et de cette façon, il est mieux armé qu’un autre face aux événements pour résister psychologiquement. L’immeuble haussmannien dans lequel il réside prend les dimensions d’une île où, apparenté à Robinson Crusoé, il va organiser sa survie.

Il s’agissait dans l’écriture du scénario de créer une tension dramatique sans avoir recours à des événements spectaculaires et haletants. Il s’agissait, en dépit de la présence grouillante et menaçante de zombies, de rester en prise avec le quotidien ordinaire afin de créer avec le contraste un effet d’autant plus troublant. Et c’est ainsi, qu’en dépit de l’appartenance de «  La nuit a dévoré le jour » au cinéma de genre auquel il obéit pleinement, le film de Dominique Rocher garde une dimension intime et une forme personnelle à la fois échappant et respectant les codes du film de zombies.

On reste dans la vision de Sam qui, en tant que misanthrope, tenait au départ ses semblables pour des monstres et cette vision mentale du monde rejoint l’événement de cette soudaine transformation. Et le fait qu’il soit le seul à avoir échappé à la métamorphose ravageuse autour de lui tient au fait qu’il était avant le déclenchement des événements, un être solitaire dont la vie ne s’est jamais totalement apparentée à celle des autres.

« La nuit a dévoré le jour » est un film de genre dont l’action se situe en plein centre de Paris et dans un immeuble haussmannien. Et le fait que le cadre de l’action se situe dans un environnement facilement identifiable tempère les effets habituels de ce genre de film et se place comme un film qui ne cherche pas à faire peur. Et même lorsqu’à l’image apparaissent des hordes de zombies en extérieur, on est dans le respect des codes du genre sans chercher à impressionner.

Car, au lieu de filmer de nuit en close-up, avec la caméra au sol pour produire des effets, avec peu de moyens, Dominique Rocher choisit le contraire : des plans larges, le plein jour, un parti pris « anti dramatique » qui désamorce la tension.

Le film de Dominique Rocher est en cela original et personnel qu’il place la tension du spectateur dans les esprits et non dans la violence ou les effets des images. De plus, la quasi absence d’effets spéciaux sert constamment le réalisme et une forme d’intemporalité.

La question que pose au final ce film de « zombies » est : peut-on vivre à la marge du monde qui nous entoure, indéfiniment ?

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Les Grands voisins. La cité rêvée »
    Maël est un artiste peintre sans papiers, Adrien est luthier et musicien. Eux et d’autres résidents de tous crins et venus de tous les horizons ont donné naissance à une utopie moderne en plein cœur... Lire la suite (14 mai)
  • « The room »
    Kate, elle traductrice et Matt artiste peintre, un couple de trentenaires dans l’impossibilité d’avoir un enfant, lassés d’une existence citadine s’installent dans une maison isolée qu’ils ont achetée... Lire la suite (14 mai)
  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)