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Un film de Marianne Chaud (France)

"La nuit nomade" Sortie en salles le 4 avril 2012

Depuis 1947, le Ladakh fait partie de l’Inde. Autrefois royaume bouddhiste indépendant de la grande chaîne himalayenne, il a longtemps préservé un mode de vie attaché aux traditions ancestrales, regroupant une population d’agriculteurs, d’éleveurs et de religieux, vivant en autarcie.

Situé à la frontière du Tibet chinois et du Pakistan, il est devenu une région stratégique pour le gouvernement indien qui en a fait le champ d’activités intenses, y construisant autoroutes, aéroports, bases militaires, hôpitaux et écoles.

L’économie de marché a, petit à petit, pris le pas sur l’auto-subsistance et ceux qui y vivent de la terre, agriculteurs et éleveurs, sont chaque année plus nombreux à quitter leurs exploitations pour aller vivre dans la ville de Leh, capitale de la région, où ils deviennent maçons, ouvriers journaliers payés au plus bas prix.

C’est peut-être la dernière migration pour Tundup, éleveur et berger, qui emmène paître ses troupeaux de chèvres d’une région à l’autre, au rythme des saisons.

La prochaine fois que les marchands passeront avec leurs camions, il devra choisir : rester une année de plus dans le décor lunaire qu’il a toujours connu, avec des conditions de vie de plus en plus difficiles, ou vendre la totalité des bêtes et partir comme beaucoup d’autres avant lui, vivre à la ville.

Cet homme, étonnant de vitalité et d’humour, rieur et farceur, résistera-t-il longtemps à la pression qu’opère sur lui son fils Kenrap qui ne veut plus de cette "vie de nul", ne rêve plus désormais que de la ville, de confort moderne et d’automobile.

Toldan et son épouse Dholma, la trentaine, vivent séparés de leurs enfants pensionnaires à la capitale. Alors qu’ils préparent leur départ pour le camp d’hiver, ils regardent les photos de leurs enfants à qui ils voudraient offrir une autre vie que la leur et des études qui leur permettraient de devenir professeur ou médecin.

Pour eux aussi, le jour du prochain passage des acheteurs de bétail, le choix sera difficile.

Très jeune, Marianne Chaud a ressenti une vraie fascination pour l’Himalaya bouddhiste. Elle a choisi d’étudier l’ethnologie pour aborder le Ladakh, s’y est rendue, y a vécu six mois afin de commencer ses recherches universitaires. Des contacts se sont tissés entre elle et les villageois. Dix ans plus tard, elle y est retournée avec une caméra et leur a demandé l’autorisation de les filmer. Ils ont accepté et très vite Tundup, avec sa faconde, son sourire espiègle, s’est imposé comme le personnage principal du film.

Une des particularités du travail de Marianne Chaud, c’est qu’elle ne se contente pas de filmer ces hommes et ces femmes, mais aussi de montrer la relation qui se construit au fil du tournage entre elle et les personnes qu’elle filme. Lorsque Tundup fait à la cinéaste sa blague à propos de la chenille dangereuse et qu’il lui lâche en riant "C’est toi la chenille" ou qu’il lui demande "Dis-moi, maintenant que nous sommes amis, que me conseillerais-tu de faire ?", on ne peut nier qu’un vrai courant de complicité .est passé, palpable tous au long du récit.

Un beau film sensible et tonique sur la fin d’une époque.

Francis Dubois

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