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Un film d’Emmanuel Roy (France)

"La part du feu" Sortie en salles le 13 novembre 2013.

La part du feu c’est la concession qu’on fait à tout le reste, pour sauver l’essentiel.

L’amiante (silicates magnésiens ou calciques présents en filons à l’état naturel) possédait assez de qualités pour séduire : incombustible, très bon isolant thermique et électrique, il résiste à l’action corrosive des produits chimiques.

Ce matériau a été employé dans le bâtiment ainsi que dans l’industrie automobile, ferroviaire et navale.

Mais l’exposition à l’amiante est nocive pour la santé et provoque des maladies graves, très souvent incurables. L’asbestose, une accumulation de fibres dans les alvéoles pulmonaires, le cancer du poumon et le mésothéliome, cancer de la plèvre.

En France, son interdiction n’a pris effet qu’au 1er janvier 1997 grâce à une forte mobilisation de ses opposants dès 1975, comme le Comité anti-amiante Jussieu et les voix d’une multitude d’associations locales. Mais l’interdiction n’a bien sûr, pas pour autant, réglé le problème.

La part du feu, c’est l’écho de la parole du père du réalisateur, proviseur de lycée, mort d’un mésothéliome. C’est également l’inquiétude qui habite Emmanuel Roy depuis cette mort et au moment où, de retour sur les lieux de son enfance, il affronte des paysages contaminés dans la région de l’étang de Berre.

Le "témoignage" d’Emmanuel Roy repose sur la lecture par un comédien du journal que son père, Henri Roy, a ouvert au début de sa maladie et qu’il a tenu tout au long et de longs plans sur la démolition de bâtiments dans la zone pétrochimique la plus importante du sud de l’Europe.

A cela s’ajoute la parole de la sœur d’une victime de l’amiante, un homme décédé à trente-sept ans d’un cancer et celle de Sylvie Zannotti, une architecte chasseuse d’amiante, chargée de surveiller la démolition des bâtiments contaminés, de médecins, d’inspecteurs du travail.

Le personnage de l’architecte est suivi dans sa mission au cours du désamiantage du gymnase de Sanary.

Ce chantier et la lecture du journal d’Henri Roy deviennent le corps du film.

Nul apitoiement mais beaucoup de dignité accompagnent ces images, les visages, des photographies et cette voix qui dit le contenu du journal.

D’un côté, ces bâtiments qu’on désamiante, morceau par morceau et de l’autre, ces hommes dont les corps furent amiantés sans qu’aucune thérapie n’aient pu les débarrasser de la contamination.

Emmanuel Roy, dont la douleur et l’inquiétude sont palpables, a filmé en longs et lents plans panoramiques ces paysages où la végétation a pris le dessus, où des troupeaux de moutons paissent à proximité de centrales perdues dans la brume et l’enfilade de bâtiments abandonnés.

La fluidité de sa caméra s’assortit au calme qui l’habite malgré l’inquiétude, à l’émotion qui a pris le pas sur la colère.

Il emprunte un chemin de garrigue comme on fait une promenade, mais même dans ces paysages idylliques, les pierres contiennent de l’amiante.

Une promenade qui finit par tomber sur une mine d’amiante. Le chemin qui serpente, lieu de refuge, propice à la méditation, à la respiration profonde, mène droit à l’antre du monstre : une fosse terrifiante qui, au moindre coup de vent disperse dans l’air des milliers de particules.

Le film bénéficie outre ses qualités humaines, d’une belle construction.

Francis Dubois

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