Actualité théâtrale

En tournée

« La peau de l’eau »

Un jour au pied du phare dont il est le gardien, August a découvert un canot. A son bord un homme mort et un bébé enveloppé dans un châle. Philomène la femme d’August, qui vient de faire une fausse-couche, réussit à convaincre son mari de ne pas relater la découverte dans son livre de bord. L’enfant s’appellera Morgan, il a les pieds palmés, la peau qui bleuit un peu et passe des heures à chevaucher les vagues avec son ami le dauphin. Mais le phare est un monde trop petit pour cet enfant venu du large. Un jour Morgan partira sur un bateau pour s’opposer aux chasseurs de baleine et disparaîtra avec l’écroulement d’un iceberg géant.

Théâtre : La peau de l'eau

Christine Pouquet a écrit ce conte et le met en scène. On y entre dans un monde poétique où sur fond de bruit de vagues et de cri des mouettes, la solitude de la vie sur le phare est brisée par l’amour, celui de Philomène pour August et celui des parents pour cet enfant elfe surgi de la mer. Et puis il y a la mort, le père qui dit « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis ». Que peuvent les parents face à la mort d’un enfant ? Il n’y a même pas de mot pour désigner leur condition. Ils sont seulement amputés d’un fils. La douleur reste entière, mais il arrive souvent que les morts reviennent les visiter dans leurs rêves et le dialogue pourrait presque reprendre.

La scénographie de Raymond Sarti offre un très bel écrin au conte, la silhouette d’un phare avec sa passerelle d’où l’on domine la mer, quelques marches que l’on déplace et surtout au centre de la scène trois prismes de verre enchâssés comme les lentilles de la lanterne du phare où la lumière change de couleur, devient vagues ou reflet d’un poisson qui nage. La magie de la lumière s’allie à celle des sons pour entraîner l’imagination du spectateur sur le phare.

La metteuse en scène a souhaité accompagner le conte par un univers musical oscillant entre réel et irréel, fantasque et baroque. Bruit du vent et ressac des vagues, piano, guitare et boîte à musique et surtout voix chantées de Philomène et de Morgan. On peut regretter que le passage des parties chantées aux parties jouées manque de fluidité, mais cela devrait s’améliorer au fil des représentations. Samuel Churin incarne avec une sobriété grave August, ce gardien de phare qui ne sait pas nager, que son sens de ses responsabilités ne dispense pas d’être un époux et un père aimant, capable de jouer aux pirates avec son fils comme de se noyer dans le chagrin et de hurler à la mer de lui renvoyer son fils, Léa Delmart a la fougue de Morgan et finit par ressembler à un elfe, apparaissant et disparaissant au gré de son humeur. Samantha Lavital, chanteuse de gospel et de jazz est Philomène, cette mère créole qui parle en chantant jusqu’à la mort de Morgan, prépare des beignets de crevettes pour le fantôme de son fils quand il revient la visiter et lui chante des chansons créoles.

Un conte superbement écrit qui nous emporte sur la mer, dans la solitude de ce phare où c’est l’amour et la vie qui gagnent.

Micheline Rousselet

Le 29 novembre à 14h et 20h30 au Sax à Achères (78260), le 3 décembre à 20h30 à L’Archipel à Grandville, le 5 décembre à 14h et le 6 à 20h30 au Théâtre Municipal d’Avranches, le 7 décembre à 20h30 à l’Espace culturel Armorica à Plouguerneau (29880), le 13 décembre à 10h et 14h et le 14 décembre à 20h30 à La Nacelle à Aubergenville.

Dates à suivre en 2020 sur compagniemaroulotte@gmail.com

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