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Un film d’Ascanio Celestini (Italie)

"La pecora nera" Sortie en salles le 20 avril 2011

Nicola est né à la campagne dans ce que le cinéaste nomme les "fabuleuses années 60". Il a une douzaine d’années et alors que sa mère croupit dans un asile psychiatrique et que son père et ses deux frères assurent leur métier de bergers, sa grand-mère qui s’occupe de lui comme elle peut, vit modestement d’un petit élevage des poules et des lapins.

Peut-être à cause de sa pauvre filiation et de sa marginalité, à l’école où il ne fait pas grand-chose, on le relègue au dernier rang et sa maîtresse, privée de toute psychologie, l’a surnommé la pecora nera, la brebis galeuse. La seule lueur au milieu du tableau sombre de la vie de Nicola s’appelle Marinella.
La petite fille ronde et jolie ne serait qu’une piètre consolation à la triste condition du garçon si celui-ci ne vivait en imagination, dans un monde que hantent des martiens et que peuplent des femmes qui lèchent les hommes nus. Et pour faire aux autres, la démonstration de son courage, il croque à chaque fois qu’on le lui demande, des araignées vivantes…
Tout résumé que l’on pourrait faire du film d’Ascamio Celestini reviendrait à en trahir le récit. Un enchaînement chaotique et foisonnant qui puise dans une multitude de genres cinématographiques et narratifs, fuse de toutes parts sans jamais sortir d’un tracé cohérent.
Il est sans doute difficile de restituer le cheminement et le chaos de la folie à l’image sans tomber dans les clichés, dans les effets attendus, et les scènes démonstratives.
Ascanio Celestini a trouvé le ton juste, la bonne veine et son récit se déroule en toute liberté, dérives et espiègleries, sans débordements, en équilibre précaire sur un fil pourtant ténu.
Mais jamais le fil ne se casse et le film caracole dans un déroulement de détours et de contours et, par une constante et réjouissante inventivité, dans la plus totale jubilation.
Les dialogues savoureux sont servis par des comédiens qui composent des personnages border-line entre ruse et candeur, qui n’ont recours à aucun effet pour rendre la démesure où plonge la folie. Ils épousent les ramifications du récit, empruntent les chemins qui résultent de constantes ruptures de ton.
Ici la poésie voisine avec le scabreux, le scabreux avec le grivois, et le truculent et les moments grinçants succèdent à des scènes de sérénité bucolique. L’enfance chaotique de Nicola le prédisposait à des revers de toutes sortes et, entre autres, à une rupture amoureuse qui donne lieu à une scène poignante. La folie met-elle autant qu’on pourrait le penser à l’abri des sentiments ordinaires et des souffrances du cœur ?
Avec à son actif, un film comme celui-là, le cinéma italien semble retrouver un vrai souffle, une richesse d’inspiration et une truculence de traitement vivifiants.
Après, dans des registres différents, et coup sur coup des films comme "La bella gente" ou "La vita tranquilla" on se prend à espérer. A moins que la politique culturelle du gouvernement Berlusconi, dans le domaine cinématographique notamment, ne vienne se mettre en travers avec des mesures restrictives draconiennes.
Francis Dubois

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