Actualité théâtrale

Du 2 au 7 décembre à la Maison des Métallos à Paris, en tournée ensuite

« La petite soldate américaine » Conte sans fée mais avec moralité

Les photos prises par une soldate américaine dans la prison d’Abou Ghraib, en Irak, avaient stupéfait le monde. Des prisonniers, un collier de chien autour du cou, promenés en laisse, des hommes nus empilés les uns sur les autres, ces photos avaient circulé sur la toile. Comme tant d’autres en les regardant, le metteur en scène Michel Rabeux s’est interrogé : Qu’a dans la tête un homme qui fait cela à un autre homme ? Qui plus est quand c’est une femme, soldate d’un pays qui se proclame modèle de la démocratie, qui impose ces sévices à des hommes dans un pays musulman. Il a cherché à en parler tout en évitant une représentation pure et simple. C’est la forme du conte qui s’est imposée à lui parce qu’il y dans cette histoire ce qu’on trouve dans les contes, la cruauté, le mystère qui fait peur et parce que la soldate avait un visage d’enfant cruel.

Théâtre : "La petite soldate américaine"

Il en a donc fait une petite soldate qui aimait chanter. Un jour, elle a perdu sa voix et pour la retrouver, elle est partie à la guerre. Dans la chaleur torride du désert, elle l’a retrouvée en tuant. On lui a donné l’autorisation de photographier les prisonniers qu’elle gardait et de les envoyer à sa famille qui riait en les regardant. Dans la mise en scène tout est distancié. Il y a une chaise, des fils électriques, les empilements de vêtements destinés à assurer la sécurité des soldats deviennent de lourds parpaings qui pèsent sur le dos de la petite soldate. Puisque c’est un conte, il y a un homme qui va dire « Il était une fois » et nous raconter cette histoire. Eram Sobhani est ce conteur, il est aussi le prisonnier. Quand il la soulève sous les aisselles, la petite soldate devient un pantin. Comédienne et musicienne, Corinne Cicolari est la petite soldate. Elle chante, des chansons américaines rythmées, mais aussi des « chansons d’Arabie », quand elle rêve de ses prisonniers. Elle est bourreau mais aussi jouet d’une guerre à laquelle elle ne comprend rien et d’une hiérarchie qui l’a abandonnée. Quand sa voix résonne une dernière fois on ne la voit plus comme un monstre étranger à l’humanité. Quand elle chante « What a wonderful world » elle n’est plus le seul monstre de l’histoire.

Micheline Rousselet

Du 2 au 5 décembre à 20h, le 6 à 19h, le 7 à 16h.

La Maison des Métallos

94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 05 88 27

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Diane self portrait »
    Diane Arbus (1923-1971) est une figure majeure de la photographie de rue du XXème siècle. Fille de commerçants aisés juifs new-yorkais, elle a rencontré à quatorze ans celui qui devint son mari Allan... Lire la suite (25 septembre)
  • « Contrebrassens »
    Une femme qui chante Brassens cela surprend et enchante, quand elle a la malice et la grâce féminine que célébrait le grand Georges. Très inspirée par les textes et les mélodies du chanteur, car on... Lire la suite (25 septembre)
  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)