Actualité théâtrale

à La Colline, jusqu’au 17 février

"La pierre" de Marius Von Mayenberg Mise en scène de Bernard Sobel

En 1993, trois femmes, la grand’mère, sa fille et sa petite fille, bénéficiant des lois de restitution des biens, réintègrent la maison qui avait été achetée en 1935 à des juifs avant leur fuite et qu’elles avaient elles-mêmes dû abandonner au moment de passer à l’Ouest après la partition de l’Allemagne.
Le plaisir de se retrouver dans leurs murs, de reprendre possession du jardin et de sa balançoire, symbole d’une sérénité retrouvée, pourrait être total s’il n’y avait les réminiscences cauchemardesques de la grand’mère, les fluctuations des souvenirs livrés à la mémoire partiale, le désir de la petite fille de partir en Amérique retrouver la famille juive dont son grand père aurait favorisé la fuite, les préoccupations de la mère quand il s’agit de la restitution précise d’un passé qui se dédouble et se trouble…

La pierre © Elizabeth Carecchio

C’est sans compter avec les fantômes qui hantent le jardin et la maison, qui s’invitent pour déranger la réinstallation des trois femmes.
Dans un carré de lumière au delà duquel on devine les autres personnages prêts à intervenir, que surplombe un dispositif des bâtons lumineux qui indiquent l’année où se situe l’action. et qu’occupe un mobilier sommaire et provisoire et un piano révélateur d’un pan de la vérité, se met en place une narration étrange, sans cesse compromise par des révélations caduques ou des apparitions aléatoires…
"La pierre" n’est pas une pièce historique mais une œuvre sur la mémoire qui sait si bien effacer, trier, recomposer et trahir. La construction en est à la fois resserrée et libre, oppressante et aérée, drôle et pathétique.
Bernard Sobel a réuni dans un décor magnifique de simplicité, superbement éclairé, une distribution de toute beauté, et pour poursuivre dans le contraste, à la fois heurtée et cohérente. Edith Scob gesticule avec une réjouissante précision face à Anne Alvaro silhouette austère et calme que côtoie une Claire Aveline toute en rigueur. Tous sont à citer sans oublier Gaëtan Vassard, le seul homme de la pièce à la remarquable présence.
Francis Dubois

La Colline-Théâtre national
15 rue Malte Brun Paris 20ème.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Féministe pour homme »
    Noémie de Lattre n’a pas attendu l’affaire Weinstein et me-too pour parler des femmes et du féminisme dans ses pièces et dans son livre. Et sur ce sujet son spectacle, qui tient du théâtre, du cabaret... Lire la suite (6 décembre)
  • « Trois femmes (l’échappée) »
    Joëlle, tout juste diplômée « auxiliaire de vie », vient d’être embauchée comme gardienne de nuit par la fille de la vieille et très riche Madame Chevalier. Celle-ci en vieille dame acariâtre qui n’a... Lire la suite (3 décembre)
  • « Dark circus »
    Quel étrange cirque où l’acrobate tombe, où l’homme canon s’envole au-dessus de l’Afrique pour ne plus réapparaître, où le manche d’une guitare devient un dompteur que le lion s’empresse de dévorer et où le... Lire la suite (3 décembre)
  • « Féminines »
    Après Hors la loi, où elle s’attachait à l’histoire des femmes jugées pour avortement à Bobigny dont le procès avait ouvert la voie à la loi légalisant l’avortement, la jeune autrice et metteuse en scène... Lire la suite (2 décembre)
  • « Féminines »
    Après Hors la loi, où elle s’attachait à l’histoire des femmes jugées pour avortement à Bobigny dont le procès avait ouvert la voie à la loi légalisant l’avortement, la jeune autrice et metteuse en scène... Lire la suite (2 décembre)