Actualité théâtrale

au Lucernaire

"La pitié dangereuse" À partir du 6 juin

En 1913, dans une ville de garnison autrichienne, le riche Monsieur Kekesfalva donne un bal en l’honneur de sa fille Edith. Un jeune officier, Anton, ne remarquant pas qu’elle est paralysée, l’invite à danser. Pour s’excuser, il reviendra la voir. Sur l’insistance d’Edith, les visites se succèdent et le malentendu s’installe. Anton est mû par la pitié, mais Edith, elle, l’aime. Elle veut espérer guérir et être aimée. Anton apprécie son intelligence et son esprit, mais se sent mal à l’aise dans ses visites. Que penseront ses camarades de sa fréquentation d’une riche infirme, lui qui est d’origine plus modeste ? L’engrenage de la « pitié dangereuse » est en marche.

Crédit Olivier Brajon

Élodie Menant a adapté pour la scène le très beau roman de Stephan Zweig. Évitant les longs monologues intérieurs du Lieutenant dans le roman, elle réussit pourtant à respecter la richesse et les nuances de chaque personnage, à évoquer les contradictions entre les paroles, la pensée et les actes de chacun, à suggérer les émotions cachées.

La mise en scène de Stéphane-Olivié Bisson s’organise en courtes séquences à la façon d’un film. On est enfermé, comme les personnages du drame. Edith est prisonnière de son corps. Sur scène, elle est assise dans un très grand fauteuil, qui loin de la protéger, semble plutôt un carcan qui l’emprisonne. Elle se défend de la pitié de son père et d’Ilona, mais pas de celle d’Anton, aveuglée par son amour pour lui. Anton est lui aussi prisonnier des conventions sociales, d’autant plus que son origine sociale l’isole de ses camarades et lui interdit toute transgression.

Arnaud Denissel est un Anton raide, maladroit dans ses sentiments comme dans sa façon de traîner son épée. Il rend sensible les atermoiements de son personnage, ses hésitations, sa pitié, ses choix pleins de bonne volonté qui aboutiront au pire. Mais c’est surtout Élodie Menant que l’on admire. Elle campe une Edith qui passe avec une sensibilité émouvante de l’espoir et de l’amour au désespoir le plus noir. Quand elle se déplace, elle ne marche pas avec ses béquilles, celles-ci la soutiennent, mais ses jambes traînent derrière elle. L’instant d’après, elle est une Edith vive, pleine d’esprit, de fougue amoureuse qui se jette à la tête d’Anton. C’est une belle adaptation qu’ils nous proposent, une de celles qui ne trahit pas le texte mais donne envie de le relire.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h30 et les dimanches 16, 23 et 30 septembre à 15h
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

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