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Un film de Juan Andres Arango (Colombie-France- Brésil)

"La playa" Sortie en salles le 17 avril 2013

Tomas est un adolescent Afro-Colombien qui a dû quitter son village livré aux horreurs et à la guerre. Il est venu s’installer dans la quartier de "La Playa" à Bogota.

Pour un jeune noir de sa condition, trouver sa place dans une ville traditionnellement blanche n’est pas chose facile.

Déterminé à réussir, il décide de s’affirmer dans la coiffure artistique en reprenant les vieilles méthodes, héritage des esclaves qui traçaient dans l’épaisseur des cheveux des enfants, des sinuosités représentant les chemins par lesquels ils pouvaient passer pour déjouer les surveillances et s’échapper.

Lorsque disparaît Jaïro, le frère cadet de Tomas, celui-ci décide de remuer ciel et terre pour le sortir des dangers dans lesquels ses trafics l’ont peut-être conduit.

Tomas et ses frères doivent, avec leur propre bon sens, un sens de la morale et de la règle qui n’appartient qu’à eux, parvenir à se frayer un chemin dans un environnement traditionnellement hostile.

L’histoire de Tomas est en cela exemplaire qu’il s’interdit la moindre erreur dans le cours de ses projets, dans ce qui pourrait le faire dévier de la ligne qu’il s’est tracée.

A travers le regard de Tomas on pénètre un réseau de liens qui se sont tissés d’instinct, sorte de cheminement parallèle inspiré d’une culture noire que la guerre avec ses violences, ses atrocités et une insécurité latente, a profondément modifiée. Le pays dans son ensemble et la ville de Bogota sont en pleine mutation.

On estime qu’entre 1991 et 2006, près de 300 000 Afro-Colombiens en provenance des côtes Pacifique et Atlantiques sont venus vivre à Bogota, forçant les populations noire et blanche à vivre côte à côte, malgré les différences culturelles.

Le film de Juan Adres Arango se focalise essentiellement sur le personnage de Tomas, adolescent à la personnalité bien trempée, dont chaque regard, chaque geste, chaque réaction, dénoncent sa profonde détermination à parvenir à ses fins.

Les deux frères sont des personnages moins charismatiques, plus fragiles, plus exposés à des dérives et l’on sent qu’avec eux, la conception afro-colombienne de la famille est plus liée à un territoire qu’à des liens de sang.

Tomas est peut-être le seul à faire la part des choses entre ce qui différencie la famille de la communauté.

"La playa " est un beau premier film à la force souterraine qui a pour cadre essentiel les quartiers de salons de coiffure situés dans les Centres commerciaux, pervertis par les trafics de toutes sortes qui viennent s’y greffer.

Un film sans concessions ni facilités, qu’irradie le visage beau et austère du jeune comédien Luis Carlos Guevara.

Francis Dubois

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