Actualité théâtrale

Une mise en scène d’Emmanuel Daumas

"La pluie d’été" de Marguerite Duras Jusqu’au 30 octobre 2011 au Vieux Colombier

Ernesto vit à Vitry-sur-Seine, avec sa famille, des immigrés italo-slaves, dans un pavillon prêté par l’assistance publique, au milieu de la verdure.

L’argent manque souvent et la culture n’est pas une préoccupation pour cette famille cependant forte de ses liens et d’une belle complicité.

C’est dans ce contexte familial qu’Ernesto va faire un jour l’expérience de l’absolu : absolue connaissance, amour absolu et absolue conscience de la vanité de la vie. Il tirera de ces révélations assez de certitude et de bonheur, pour qu’après avoir quitté l’école "parce qu’on y apprend que des choses qu’on ne sait pas" il s’arrachera aux siens, mettra en péril l’équilibre familial pendant que la verte banlieue se fera dévorer par le béton.

 D’un petit conte pour enfants dont le héros, Ernesto s’instruit tout seul, Marguerite Duras avait réalisé un film intitulé " Les enfants" . Elle nourrit à l’époque une véritable passion pour le lieu de l’action : Vitry-sur-Seine. Elle s’y rend fréquemment, sillonne cette banlieue pour mieux y faire vivre ses personnages inventés.

Elle finira par en faire un roman dont les dialogues seront ceux du film.

Avec "La pluie d’été" , elle plonge dans le monde des prolétaires, rompt avec les protagonistes qui habitent habituellement son œuvre. Ici, aucun Vice-consul, aucun personnage de milieu aisé, ni d’intellectuels préoccupés par des problèmes métaphysiques.

L’endroit où vit la famille est minuscule. Les sept enfants logent dans un appentis et la mère, personnage central du récit, à moitié folle, possessive, adorée et détestée, qui n’a lu aucun livre, prétend avoir acquis une connaissance du monde par la maternité.

Comment Ernesto va-t-il s’y prendre pour s’extraire de cette famille aimante, de l’attachement profond qu’il a pour sa sœur, de cette mère dont il dit comprendre tout ?

Le cadre choisi pour le décor est la cuisine, univers de la mère, espace démultiplié. Des photos sont projetées qui figurent la banlieue réelle telle que Marguerite Duras l’a explorée. Des images d’enfants pour représenter la ribambelle de frères et de sœurs.

Le texte que disent les comédiens est à la fois de l’ordre du récit et du dialogue. Les situations sont simples, les scènes dialoguées faciles d’accès.

Six acteurs prennent en charge la narration, racontent le livre et leur rapport au livre.

La mise en scène d’ Emmanuel Dumas est maîtrisée et la construction du récit, équilibrée.

Un beau moment de théâtre qui rend hommage à l’écriture de Duras, à la musique singulière de l’écrivain chez qui la Seine prend des airs de Mékong.

Francis Dubois

Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux Colombier 75006 Paris

Réservations : 01 44 39 87 00/01

www.theatreduvieuxcolombier.com

se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

 

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée »
    Comme chaque semaine le Comte se rend chez la Marquise le jour où elle tient salon. Il craint qu’elle ne soit entourée de la foule habituelle des importuns, mais ce jour-là la météo en a décidé... Lire la suite (14 juin)
  • « L’avare »
    Comme l’a dit Louis Jouvet, ce n’est pas tant une passion de l’argent qui habite Harpagon, qu’une maladie qui le rend stupide, dur et égoïste à un degré magnifique ». C’est ce côté très noir qui habite... Lire la suite (13 juin)
  • « VxH – La voix humaine »
    Une femme attend, seule à côté d’un téléphone, un signe d’amour de celui qui l’a quittée. Elle parle, comprend, l’excuse, s’excuse. Elle aime toujours, s’invente des culpabilités pour ne pas faire face à un... Lire la suite (12 juin)
  • « L’Établi »
    Dans la foulée de mai 1968, des étudiants militants maoïstes choisirent de s’établir en usine pour encourager la création d’un mouvement révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. Robert Linhart,... Lire la suite (11 juin)
  • « King Kong Théorie »
    Paru en 2006, l’essai de Virginie Despentes a été présenté comme « un manifeste pour un nouveau féminisme ». Les controverses se déchaînèrent autour du livre où l’auteur parlait du viol qu’elle avait subi... Lire la suite (4 juin)