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Un documentaire d’Ariane Doublet (France)

 "La pluie et le beau temps" Sortie en salles le 2 novembre 2011

Dix années après " Les Terriens", Ariane Doublet nous propose de suivre le quotidien d’une petite exploitation entre Dieppe et Fécamp, spécialisée dans la culture du lin, et celui d’ouvrières chinoises de la banlieue de Shanghai, employées dans une filature.

La France produit 40% du lin mondial et la Normandie, à elle seule, la moitié de la production française.

"Nous avons rendu les producteurs de lin français heureux" dit en riant un acheteur chinois.

En effet, les chinois sont le premier et quasiment le seul client pour la Normandie et 95% du lin utilisé dans les filatures chinoises proviennent d’Europe.

Mais le lin a-t-il un avenir ? C’est une culture délicate, une culture à risques, très exposée aux fluctuations météorologiques. Une culture qui ne doit pas être "stressée".

Les agriculteurs lorgnent du côté de celle du blé beaucoup moins exigeante et plus sûre, mais il suffit de voir l’exploitant du film caresser le lin, l’évaluer, le flairer, s’agenouiller au milieu du champ, pour comprendre qu’une longue et sourde complicité les unit et que pour lui comme pour son épouse, à moins que d’y être contraints, l’abandon de la culture du lin n’est pas pour demain.

Un temps trop chaud et un sol sec réduisent la croissance des plants. Trop de pluie provoque la fragilité de la fibre et les cultivateurs doivent anticiper la météo car, à quelques jours près, les semailles peuvent donner une récolte allant du simple au double.

Face à eux, ils ont des acheteurs chinois exigeants, tatillons, à la recherche de la moindre faiblesse de la fibre pour faire baisser le cours ou annuler une commande.

Les échanges entre vendeurs et acheteurs, quoique toujours courtois, donnent lieu à des échanges âpres ou burlesques.

Les exploitants normands scrutent le ciel, sont pendus aux annonces météos, sillonnent les champs, mesurent la hauteur des tiges pour décider de la date de la moisson la plus propice, tandis que les spécialistes des filatures chinoises discutent le cours du lin et s’apprêtent à tester durement les écheveaux de fibres un à un, interminablement.

Loin des préoccupations des cultivateurs normands, les ouvrières employées dans les filatures n’ont aucune interrogation à propos de la matière qu’elles manipulent, de ses origines, des fluctuations des marchés.

Elles ont, pour la plupart d’entre elles, quitté leur campagne où il n’y avait aucun débouché, pour la ville où elles vivent en chambres communes avec des salaires modestes dont une partie est envoyée dans leurs familles.

Et même si la main d’œuvre commence à manquer en Chine au point que les filatures se voient contraintes d’augmenter les salaires -150 à 200 € mensuels-, elles mènent sans distractions, une vie insouciante.

L’ambition du film d’Ariane Doublet n’est pas de faire le bilan de la mondialisation. Il est de montrer une ouverture nouvelle et ses effets pervers, néfastes, absurdes mais parfois positifs.

Un documentaire passionnant qui interroge sur l’avenir de ces exploitations menacées.

Francis Dubois

 

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