Actualité théâtrale

Jusqu’au 26 novembre au Lucernaire

« La pluie »

Au départ il y a un beau texte de Daniel Keene, plein de silences et d’émotion. Une femme, Hanna, est immobile dans un champ. Ce n’est même pas une gare. Des gens sont poussés dans des trains, des tas de trains. Ils lui confient les objets qu’on leur interdit d’emporter et lui demandent de les garder jusqu’à leur retour. Elle ne sait pas où vont les trains mais ce qu’elle sait, c’est que ces gens ne sont pas revenus. Elle a entassé ces objets dans sa maison, qu’ils ont peu à peu emplie. Elle a eu du chagrin pour eux et dit « tout ce que je peux faire c’est me souvenir ».

Théâtre : la pluie

C’est ce texte poignant que le génial marionnettiste Alexandre Haslé, qui a travaillé plusieurs années avec Ilka Shönbein, a accompagné de ses marionnettes. Quelques paroles, de la musique yiddish, des silences, un éclairage crépusculaire (beau travail de Nicolas Dalban Moreynas) et c’est tous ces gens partis pour un voyage sans retour que font vivre ses marionnettes et ses masques. Parfois elles sont grandes et quand il les attache autour de sa taille, il semble habiter les hommes et les femmes qu’elles incarnent. Ses mains puissantes semblent les leurs. Parfois il fixe un masque au fond d’un chapeau et l’on est bouleversé par le regard de ceux qui partent, d’autres fois encore, ces marionnettes sont si petites qu’on peut les loger dans l’étui d’un violon ou dans un sac à main. C’est tout un monde qui passe devant nos yeux, la vieille dame épuisée, le rabbin avec sa barbe et sa toque de fourrure, le bourgeois parvenu, la jeune fille au parapluie. Les valises dans lesquelles ils emportaient leurs pauvres souvenirs sont là, sur la scène. L’une d’elles, en s’ouvrant, révèle la maison emplie de tous les biens de ceux qui ne reviendront pas. Au milieu de la scène, une paire de chaussures d’enfants, peut-être celles du petit garçon qu’Hanna n’arrivera à évoquer qu’à la fin et qu’aucune marionnette n’incarnera, ne le laissant vivre que dans le souvenir.

Parfois le public adulte a peur du théâtre de marionnettes. Il faut au contraire courir voir ce spectacle plein de poésie et d’émotion dont on sort ébloui et ému aux larmes.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Change me »
    Auprès de ses copains, Axel prétend avoir vingt-et-un an, alors qu’il en a moins. Il prétend aussi être un garçon, se bande les seins et glisse dans son slip un ersatz de sexe masculin. Il a une mère à... Lire la suite (25 mai)
  • « Les limbes »
    Dans ses bras une marionnette vêtue d’un manteau rouge, dans ses mains une épée. Quand il enfile une cagoule, ce n’est plus la marionnette qu’il a auprès de lui, à laquelle il semble murmurer on ne sait... Lire la suite (22 mai)
  • « Le quatrième mur »
    En 2013 Sorj Chalandon obtenait le Prix Goncourt des lycéens pour son roman, Le quatrième mur . Dans ce roman, un metteur en scène gréco-juif, en train de mourir d’un cancer, demandait à un ami... Lire la suite (18 mai)
  • "Paroles gelées"
    Reprise à signaler de cette pièce d’après Rabelais, critiquée en 2014 : "Paroles gelées"d’après François Rabelais Nous l’avons revue avec toujours autant de... Lire la suite (18 mai)
  • « Le maître et Marguerite »
    Écrit entre 1928 et 1940, le célèbre roman de Boulgakov est un peu un OVNI dans la littérature mondiale. Tout d’abord il entremêle trois actions. La première se situe à Moscou, dans les années trente,... Lire la suite (15 mai)