Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 novembre au Théâtre de l’Essaïon

« La prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs »

Que faire avec un manuel de conseils érotiques écrits vers 1420 par un érudit né en Tunisie, pour son souverain, le vizir de Tunis ? Courez à l’Essaïon pour voir le petit bijou théâtral qui en résulte !
Théâtre la prairie parfumée
Une jeune femme habillée à l’ottomane, sarouel et long gilet, répand des pétales de rose sur fond de musique orientale et de parfum d’encens. Un homme arrive et commence une docte conférence où il prodigue au vizir des informations, des conseils, des recettes sur tout ce qui concerne « l’instrument », « l’huis » et « la conjonction », autrement dit les rapports sexuels. Cela va des conseils pour retrouver de la vigueur aux « manières de conjoindre », en passant par une énumération des comportements et des attitudes qui plaisent à l’homme … et à la femme. Car, n’en déplaise aux rigoristes d’aujourd’hui, la société orientale de l’époque s’intéressait au plaisir nécessaire à la santé et au bonheur, un plaisir qui devait s’accompagner de la satisfaction de la femme comme de l’homme. L’assistante du conférencier, avec la modestie indispensable pour une femme, mais un regard qui révèle beaucoup de perspicacité, accompagne son propos et parfois s’immisce avec humour dans la conférence. On se doute que le public trouve largement matière à rire dans les conseils prodigués, mais le duo sait aussi l’embarquer, enveloppé dans un grand drap rouge, dans un conte sensuel qui évoque les Mille et une Nuits. La fin, centrée sur les « manières de conjoindre » où l’homme les décrit avec sérieux, tandis que la femme sur un petit tapis, essaie de s’adapter, avec de plus en plus de difficultés, aux positions acrobatiques proposées, déchaîne un fou rire qui gagne de plus en plus de spectateurs.

C’est un spectacle très fin, jamais vulgaire où tous les sens sont sollicités par la musique, les parfums, la gourmandise avec un petit gâteau oriental, où l’on s’étonne de la modernité de ce texte marqué par un vrai respect de la femme reconnue comme un individu à part entière et où l’on rit beaucoup car, n’en déplaise aux rigoristes fanatiques, la chair n’est pas triste !

Micheline Rousselet

Les jeudis, vendredis et samedis à 21h30.

Théâtre de l’Essaïon

6 rue Pierre au Lard 75004 Paris

Réservations 01 42 78 46 42

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Eau chaude à tous les étages »
    1955. Quatre jeunes employées de l’Hôtel Moderne s’affairent - gentiment car le patron est absent - à tout mettre en ordre, car le lendemain va commencer l’affluence avec la semaine des Arts ménagers.... Lire la suite (21 mai)
  • « La rose et la hache »
    La mise en scène par Georges Lavaudant en 1979 de cette adaptation, écrite par Carmelo Bene du Richard III de Shakespeare, fut tout de suite très remarquée. Ovationnée ensuite au Festival d’Avignon en... Lire la suite (20 mai)
  • « Folie »
    Dans cette douce et impertinente dinguerie, on croise une fille qui parle avec amour à un artichaut et, la vie étant incompréhensible, lui annonce qu’elle va le manger, une autre qui n’est pas... Lire la suite (19 mai)
  • « Un ennemi du peuple »
    Tomas Stockmann a créé avec son frère un établissement de cure qui rend la ville, dont ce dernier est le préfet, prospère. Tomas est le médecin de l’établissement, mais il vient de se rendre compte que... Lire la suite (16 mai)
  • « Tchekhov à la folie »
    En 1887 la première pièce de Tchekhov, Ivanov est un échec. Il compose alors une courte comédie, qu’il appelle lui-même « une plaisanterie », L’ours . Le gros succès de cette pièce servira de tremplin... Lire la suite (15 mai)