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Un film de Cédric Anger (France)

"La prochaine fois je viserai le cœur" Sortie en salles le 12 novembre 2014.

A la fin des années soixante-dix, la région de l’Oise est plongée dans la terreur à la suite de meurtres répétés sur de jeunes femmes.

Le scénario est toujours le même : la victime montée à bord de la voiture à chaque fois différente, est retrouvée morte ensanglantée, au bord d’une route de campagne.

On sait d’entrée que le criminel est Franck, un jeune gendarme d’apparence irréprochable qui appartient à la brigade chargée de retrouver le mystérieux tueur.

L’adaptation de faits divers pour le cinéma est presque devenue un genre en soi.

"La prochaine fois, je viserai le cœur " fait référence à un épisode criminel qui dura plusieurs mois dans une France giscardienne qui misait sur l’ordre et la vertu.

Le film de Cédric Anger (" Le tueur " en 2008, "L’avocat " en 2011) ne tire pas son originalité du déroulement sans grande surprise de son récit mais d’un parti-pris intéressant de départ, celui de bâtir le film du point de vue de l’assassin et de faire la lumière sur une équipe de gendarmerie qui tâtonne d’autant plus dans ses recherches que l’homme à débusquer est un des leurs.

Un autre intérêt du film est de savoir que les faits se passent à une époque où, pour la crédibilité du pouvoir en place, il allait falloir étouffer l’affaire qui portait au rang de criminel un représentant de l’ordre et de la sécurité.

Il faut savoir qu’Alain Lamarre qui commit plusieurs crimes en quelques mois ne fut pas jugé responsable de ses actes et qu’au lieu d’une peine d’emprisonnement, il fut placé dans un hôpital psychiatrique.

Cinéma : "la prochaine fois, je viserai le cœur"

Cédric Anger, à la fois scénariste, réalisateur et dialoguiste a toute la responsabilité de son personnage.

Il ajoute à la liste des jeunes filles assassinées un épisode qui va contribuer à épaissir le mystère autour de l’individu : le crime commis sur un vieil homme qui avait a fait paraître une fausse annonce à destination sexuelle et à laquelle le policier avait répondu.

L’acharnement violent du jeune policier sur une victime masculine (l’homme avait fait paraître l’annonce pour remédier à sa profonde solitude) apporte un élément trouble au récit puisque le tueur ne se limite plus à l’assassinat de jeunes femmes mais qu’il semble, avec ce nouveau crime, céder au plaisir aveugle de tuer.

Cet éclairage nouveau sur le personnage conduit à sa rencontre "amoureuse" avec Sophie, la jeune femme qui vient faire des heures de ménage et de repassage chez lui et qui réunit toutes les caractéristiques de ses victimes.

Cet épisode qui n’était pas dans l’histoire d’Alain Lamarre et que Cédric a ajouté à son scénario est un des points faibles de son film. D’abord parce qu’il ne fournit aucun élément tangible propre à éclairer sur le dérèglement psychique de Franck, sinon, celui peu intéressant, d’apprendre que le policier est incapable de vivre une relation amoureuse.

Un épisode en rupture de récit, d’autant plus maladroit qu’il se charge inutilement de la découverte par Franck du secret de Sophie, à savoir l’existence auprès d’elle d’un époux paralysé des suites d’une syphilis irrémédiable.

Le choix pour Cédric Anger de dévoiler son personnage d’entrée de récit est la bonne idée de son film. Dès lors la mise en scène repose sur le jeu de Guillaume Canet qui fait de la profonde solitude où il est, l’essentiel de son personnage

L’atmosphère oppressante du récit est éclairée par les interventions des autres membres de la brigade, par la mise en place d’un certain humour (l’épisode un peu convenu mais drôle tout de même du portrait-robot) et par la présence discrètement rayonnante d’une Ana Girardot très convaincante.

Francis Dubois

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