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Un film de Xavier Beauvois (France)

"La rançon de la gloire" Sortie en salles le 7 janvier 2015

A sa sortie de prison, Eddy est recueilli par son ami Osman dans sa modeste habitation à proximité de Vevey.

Osman ne roule pas sur l’or. Il a sa fille à charge depuis que sa femme a été hospitalisée pour subir une opération qu’ils n’ont pas les moyens d’envisager, ne disposant pas de couverture sociale.

C’est le jour de Noël de l’année 1977. On annonce la mort de Charlie Chaplin et les médias de l’époque couvrent à ce point l’événement qu’il vient à l’idée d’Eddy une idée folle.

Déterrer le cercueil de l’artiste, le dissimuler et demander à la famille Chaplin une rançon qui permettrait d’envisager l’opération de Noor, à Samira de faire plus tard des études pour réaliser son rêve de devenir vétérinaire et aux deux compères de vivre dans des conditions plus confortables.

Le film est inspiré d’une histoire réelle : trois mois après son enterrement, deux immigrés pauvres l’un polonais, l’autre bulgare, ont eu l’idée de voler le cercueil de Charlie Chaplin et de ne le restituer à la famille qu’après l’obtention d’une rançon.

Cinéma : la rançon de la gloire

Xavier Beauvois a vu dans ce fait divers, matière à réaliser un film. Tout laissait espérer, à la lumière de ses réalisations précédentes très réussies, ("Petit Lieutenant", "Des hommes et des Dieux") qu’il allait mener à bien son projet.

Mais c’est un peu si comme si son récit avait manqué son angle de départ et n’avait jamais pu redresser la barre.

Une suite de clichés est sans doute en cause. La présence de l’ami fidèle devant la porte de la prison (scène usée jusqu’à la corde), l’habitation vétuste, la gamine douée pour les études mais qui devra, faute de moyens financiers, réduire ses ambitions, une mère sur un lit hôpital en attente d’une intervention chirurgicale trop onéreuse pour une famille qui n’a pas les moyens…

Un poste de télévision offert à point par Eddy pour pouvoir suivre l’annonce de la mort et les funérailles de Charlie Chaplin, et faire naître chez l’ex-taulard l’idée de l’enlèvement du cercueil.

Un Osman opposé à l’idée (On insiste sur le fait qu’il est un honnête ouvrier) mais qui s’y ralliera une nuit où il est réveillé par les pleurs de Samira réclamant, dans une scène pathétique, le retour de sa mère à la maison.

On pardonnerait à cette "mise en place" téléphonée si la suite était vraisemblable.

Eddy et Osman font sans doute les mêmes choses qu’ont faites les immigrés polonais et bulgare du fait divers, mais à l’image, les agissements des deux compères ne passent pas : l’emprunt de la voiture, les pelletées, le piochage, la charge du cercueil…

Il faut attendre les épisodes du cirque pour que le film décolle un peu, trouve une autre tonalité mais pourquoi dans la première scène avec Chiara Mastroianni, la caméra de Caroline Champetier dont on connaît l’immense talent, se met-elle à virevolter inutilement autour d’elle ?

Et pourquoi, tout au long, cette musique tonitruante de Michel Legrand, envahissante, qui couvre les voix des personnages (quand les dialoguistes étaient en panne d’inspiration ?)

Qu’est-il arrivé à Xavier Beauvois, un de nos cinéastes français les plus talentueux ? Comment dans ces conditions, Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem pouvaient-ils être bons ? L’un sur joue comme ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps et l’autre fait maladroitement, dans le ton du mélodrame, des débuts de danseur discutables sur le tube de l’époque, "Zoo be zoo, Zoo be Zoo".

Francis Dubois

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