Les langues anciennes

La réforme du collège de 2016, quel impact sur les LCA ?

Historique rapide de la réforme du collège

2016

La réforme de 2016 a été vécue comme un cataclysme par les professeurs de Lettres classiques. D’abord tenté de supprimer purement et simplement l’enseignement des langues et cultures de l’antiquité au profit d’un Enseignement Pratique Interdisciplinaire, le ministère avait finalement reculé face à la mobilisation pour proposer un horaire réduit (1h de latin en 5ème puis un horaire de 2h sur la suite du cycle 4 ainsi que pour le grec en 3ème). Cet horaire réduit figurait dans les textes comme un horaire maximum grâce à la mention « dans la limite de ». Par ailleurs, pour exister, cet enseignement, dit « de complément », devait être adossé au fameux EPI LCA et, financé sur la marge d’autonomie, il entrait en concurrence avec d’autres options, ateliers, ou autres groupes à effectifs réduits.

2017

Le nouveau gouvernement, en 2017, a ramené l’horaire à 3h en 4ème, en 3ème, et en grec, mais toujours « dans la limite de » et en conservant un financement sur la marge d’autonomie. L’EPI n’est plus obligatoire pour que les enseignements de langues anciennes, redevenus des options facultatives, soient dispensés. Par ailleurs, il est désormais possible de globaliser l’horaire sur l’ensemble du cycle de façon à proposer, par exemple, 2h en 5ème et 4ème puis 3h en 3ème. Tous ces signaux ont été lus comme des signaux positifs par les professeurs de Lettres classiques, malgré quelques réserves. En effet, les marges d’autonomie ne sont pas extensibles et il n’a pas toujours été possible d’imposer une troisième heure de latin ou de grec dans des DHG contraintes. Il existait la possibilité de demander une enveloppe supplémentaire aux DSDEN mais les chefs d’établissement n’ont pas toujours souhaité faire ce geste.

La réforme du collège a-t-elle eu des conséquences sur les effectifs ?

Evolution du nombre de latinistes dans l’enseignement public

L’observation des chiffres détaillés, disponibles dans les RERS de 2014 à 2018, permet de voir l’évolution du nombre de latinistes et d’hellénistes au collège, de la rentrée 2013 à la rentrée 2017. Que constate-t-on ?

Il y a eu un creux dans le recrutement des latinistes de 5ème à la rentrée 2016, l’année de mise en place de la réforme. En 5ème, ces latinistes représentaient 17,7 % de l’ensemble des élèves de 5ème, dans l’enseignement public. Sur les quatre années observées, c’est le pourcentage le plus faible et sur ce point la réforme semble bien avoir eu un impact. Toutefois, ces élèves inscrits en 5ème se sont bien mieux maintenus dans l’option que les autres années. La perte d’effectifs de la 5ème à la 4ème ne représente que 0,3 points de moins. En effet, à la rentrée 2017, on retrouve une proportion d’élèves de 4ème étudiant le latin de 17,4 %. Les années précédentes, la perte était autour de 2,5 points. Quoique moins nombreux à l’inscription en 5ème, ces latinistes plus « fidèles » ont donc contribué à faire grimper les chiffres de 2017.
De façon générale, dans l’enseignement public, on ne distingue pas une perte d’effectifs de latinistes d’un niveau à l’autre qui serait significativement plus importante en 2016.
D’un point de vue global la réforme du collège n’a eu que très peu d’impact sur les effectifs de latinistes. Dans le public, le pourcentage total de latinistes s’élève à 16,7 % de l’ensemble des collégiens à la rentrée 2017. Certes, c’est mieux que la rentrée 2016 (15,8%) mais on ne peut attribuer ce mauvais chiffre à la réforme car la situation était exactement la même en 2015. 2017 marque également une amélioration, moins nette, par rapport à la rentrée 2014 date à laquelle 16,2 % des collégiens du public étudiaient le latin. En revanche, on ne rattrape pas tout à fait le niveau de 2013, quand 16,8 % des collégiens du public étaient latinistes.

La réforme du collège a-t-elle profité à l’enseignement privé pour l’enseignement du latin ?

On a pu penser que la réforme profiterait à l’enseignement privé. Ce n’est pas le cas. Celui-ci a également connu un creux du recrutement des latinistes en 5ème à la rentrée 2016. Les latinistes ne représentaient alors que 22,2 % des élèves contre 23,9 % chiffre stable pour toutes les autres années observées.

Par ailleurs, l’enseignement public est passé à la rentrée 2017 au-dessus du niveau de la rentrée 2014, si on considère l’ensemble du cycle 4 (16,7 % contre 16,2%). L’enseignement privé n’a pas, pour sa part, tout à fait rattrapé le niveau de 2014. On constate en effet un pourcentage de 20,7 % de latinistes à la rentrée 2017 contre 21 % à la rentrée 2014. Il était de 21,9 % à la rentrée 2013.

Le privé n’a donc pas bénéficié de la réforme du collège sur le plan des effectifs de latinistes. L’année 2016, la plus éprouvante puisqu’elle a vu la mise en œuvre de la réforme, est l’année la plus basse pour l’enseignement privé alors que pour l’enseignement public 2016 et 2015 possèdent des pourcentages de latinistes égaux, à hauteur de 15,8 % des élèves de cycle 4.

Les effectifs d’hellénistes

Pour ce qui est du grec, les chiffres sont relativement stables. La proportion d’élèves de 3ème étudiant le grec oscille, pour l’enseignement public, entre 2,3 % et 2 % sur les années considérées ; pour le privé, entre 1,8 % et 1,6 % ; pour l’ensemble entre 2,2 % et 1,9 %.
A noter, depuis la rentrée 2017, la DEPP comptabilise les hellénistes inscrits sur l’ensemble du cycle 4, ainsi que des élèves inscrits en « initiation latin grec ». Il est tout de même surprenant que soient comptabilisés des élèves inscrits dans des formations qui n’ont rien d’officiel et relèvent purement du local !

Le latin, une option d’élite ?

Depuis la rentrée 2014 (RERS 2015), la DEPP propose également des chiffres concernant l’appartenance sociale des latinistes. Cette option est souvent présentée comme une option élitiste, destinée au premier chef aux élèves des classes sociales favorisées. Les chiffres dont nous disposons sont de deux ordres : la proportion d’élèves d’une classe sociale donnée qui étudie le latin d’une part, et, d’autre part, le nombre total de latinistes, répartis par classes sociales. Qu’observe-t-on ? Il est très net que la proportion de latinistes est plus importante dans les familles très favorisées et que cette proportion décroît au fur et à mesure que les classes sociales s’appauvrissent. Ainsi, en 2017, 28,6 % des élèves issus de familles très favorisées étudient le latin, 19,5 % des élèves de familles favorisées, 16,2 % des élèves de familles moyennes et 11,3 % des élèves de familles défavorisées. Par rapport à 2014, tous ces taux ont connu une évolution positive et même si le taux qui augmente le plus est celui des élèves issus de familles très favorisées (+1,6 points), celui des latinistes issus des familles défavorisées augmente aussi (+0,7 points). Cette observation peut laisser penser à une option socialement discriminante ce que contredit, nous semble-t-il, l’observation de la seconde série de chiffres. Celle-ci fait apparaître que depuis 2014 et jusqu’en 2016 (les chiffres ne sont pas donnés dans le RERS 2018), sur l’ensemble des latinistes inscrits au collège, les proportions sont les suivantes : autour de 52 % des latinistes sont issus de familles très favorisées ou favorisées et autour de 48 % des latinistes sont issus de familles de classe moyenne ou défavorisées. Ces données sont établies en mêlant les effectifs de l’enseignement public et privé. Par conséquent elles ne font pas apparaître de déséquilibre social majeur à l’intérieur des effectifs de latinistes dans le public, si l’on considère que les effectifs du privé font « grimper » le pourcentage d’élèves issus des classes sociales les plus favorisées.

Conclusion

Si la réforme du collège ne semble pas avoir eu de réel impact sur les effectifs de latinistes et d’hellénistes, elle a considérablement désorganisé les enseignements et il faudra surveiller les effectifs de lycée à cette rentrée 2018 pour savoir si elle affecte les effectifs de latinistes et hellénistes à l’entrée en 2nde. En effet, les élèves qui arrivent au lycée cette année, étaient scolarisés en classe de 4ème en 2016. Ils ont donc subi de plein fouet la réforme et ses variations d’horaires. Ainsi, à partir de maintenant, il est plus difficile encore qu’avant pour un professeur de lycée de savoir comment ses élèves ont étudié le latin ou le grec, avec combien d’heures hebdomadaires, suivant quelle combinaison. Il est à cet égard révélateur que le RERS 2018 publie les chiffres des élèves inscrits en « initiation latin grec » ou en grec, dès la 5ème. La réforme et les assouplissements qui ont suivi ont fait exploser tous les cadres et chacun, pour sauver sa discipline et ses conditions de travail, a pu élaborer des stratégies différentes et chercher à varier l’offre.

Autres articles de la rubrique Les langues anciennes