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Un film de Valérie Donzelli (France)

"La reine des pommes" Sortie en salles le 24 février

Adèle n’est pas une gagnante. Larguée par son ami, elle se retrouve seule, sans travail, sans logis et ne voit qu’une seule issue à cet acharnement de la vie sur sa fragile personne, mettre fin à ses jours. Sauvée par une voisine, elle finit par trouver refuge chez Rachel, une cousine dont les sautes d’humour cachent mal un désarroi lié à sa solitude. Mais que faire d’Adèle pendant que Rachel est au travail. Pierre, un étudiant solitaire qui passe ses journées à peindre dans le Parc Montsouris accepte de la prendre en charge…
Valérie Donzelli est comédienne. Elle a joué dans une dizaine de films d’auteurs. Chez Anne Fontaine, Sandrine Veysset, Alain Guiraudie ou Gilles Marchand mais aucun des rôles qu’elle a interprétés n’a contribué à la faire connaître du grand public.
En 2007, elle réalise un court métrage qui se retrouve dans la sélection de la quinzaine des réalisateurs à Cannes. C’est sans doute ce premier pas encourageant qui l’amène à réaliser son premier long "La reine des pommes", une comédie tendre et rigolote qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau.
Sur le canevas souvent traité au cinéma de la pauvre fille qui attire la poisse et traîne à ses basques toutes les casseroles attendues : chômage, amours malheureuses, solitude, petits boulots elle a construit un fil léger, coloré et espiègle qui ne perd cependant jamais de vue, la réalité d’un monde où les perdants de la société n’ont pas la vie belle. La comédie va jusqu’à puiser dans une amertume souterraine. Quelle infirmité Rachel cache-t-elle derrière des lunettes noires le jour ? et sous un pansement de sparadrap la nuit alors que l’œil est son outil de travail, puisqu’elle est assistante photographe ? Pourquoi tous les hommes qu’elle rencontre après sa rupture amoureuse sont-ils adultères, pervers, infidèles ou pleutres ? Ils se nomment Pierre, Paul, Jacques ou Mathieu mais il faudra attendre l’apparition du vrai Pierre pour que l’horizon d’Adèle s’éclaircisse.
Valérie Donzelli s’est attribué le rôle d’Adèle et elle a bien fait. Elle sait passer dans le même instant du rire aux larmes et elle sait comme personne, avec un regard de teckel, quémander l’approbation, juste de quoi se rassurer quelques instants. L’autre bonne idée du film est d’avoir fait jouer tous les hommes de l’histoire par le même comédien. Jérémie Elkaïm sait jouer la proximité du personnage ou la distance et Béatrice de Staël donne à Rachel l’épaisseur et la fragilité de la quarantenaire qui n’a plus toutes ses illusions.
Il faut aller voir "La reine des pommes" parce qu’on y rit parfois, qu’on y sourit souvent, parce que c’est le coup d’essai plutôt réussi d’une réalisatrice qui sait mesurer ses audaces et rester dans l’élégance. C’est pas donné à tous les faiseurs de comédies !
Francis Dubois

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