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Un film d’Eugène Green (France-Portugal)

"La religieuse portugaise" Sortie en salles le 11 novembre

Une équipe de cinéma se retrouve à Lisbonne pour tourner une adaptation des "Lettres portugaises". Julie de Hauranne, jeune comédienne française interprète le personnage de la religieuse. Au cours des heures libres que lui laisse la tournage, elle découvre la ville où elle séjourne pour la première fois. Elle y fait plusieurs rencontres. Trois d’entre elles vont être déterminantes : Pablo, un garçonnet pour lequel elle se prend d’amitié, une religieuse qu’elle observe au cours de ses recueillements nocturnes, qu’elle rencontrera et qui lèvera le voile sur son destin et un jeune homme qui pourrait être la réincarnation du roi Dom Sebastiăo personnage mythique de la culture portugaise, sensé réapparaître pour établir le Cinquième Empire, état de paix universelle.
Dans une première partie du film d’ Eugène Green, les images s’attachent moins au personnage de Julie qu’à la ville de Lisbonne. Julie quand elle visite la ville n’y est d’abord qu’un motif dans le paysage. Puis le personnage prend le pas sur la ville et on assiste à une sorte de superposition qui met en place entre la jeune femme et Lisbonne plus qu’une complicité, une sorte de ressemblance.
Julie, par son rayonnement, provoque chez les hommes des attirances subites. Elle répond aux avances élégantes d’un vieil homme raffiné mais ne donne pas suite à cette rencontre dont tout poussait à croire qu’elle serait importante. Elle a aussi des moment d’attirance pour son partenaire dans le film. Il est marié mais son aventure passagère avec Julie lui permettra de mieux le rendre plus tard à sa fidélité profonde.
C’est sans doute parce qu’elle interprète une nonne dans le film, qu’elle est fascinée par cette religieuse recueillie dans ses prières, qui s’impose comme son double et dont la rencontre en face à face devient une sorte d’accouplement mystique. Mais la rencontre avec Vasco le garçonnet auquel rien ne la prédisposait, cette attirance qui d’emblée les rend proches, aura des prolongements.
Dom Sebastiăo, qui avait vocation à réapparaître sous des formes différentes, se manifeste ici sous celle d’un jeune homme qui ne pourrait être qu’un simple dragueur. Mais Julie et lui doivent se rendre à l’évidence, il est bien l’incarnation de Dom Sebastiăo et pour Julie l’amour prend alors une forme qu’elle n’imaginait pas.
Mais Lisbonne, c’est aussi le Fado et Eugène Green glisse dans son récit deux longues séquences dans lesquelles il lui rend hommage. De même que les madrigaux de Monteverdi jouaient un rôle dans "Le pont des arts", le Fado prend place dans "La religieuse portugaise". Ici il s’impose comme l’âme sonore de Lisbonne…
Réflexion sur l’enfantement et l’amour maternel, "La religieuse portugaise" n’est pas un film austère. C’est un film lumineux à tous les sens du terme. Il rayonne par sa lumière, sa finesse, sa délicatesse, sa fluidité, son originalité formelle mais aussi par la grâce à la fois rare et concrète de Leonor Baldaque, comédienne qui fut à sept reprises l’interprète de Manoel de Oliveira…
Francis Dubois

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