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Un film de Xiaoling Zhu (Chine)

"La rizière" Sortie en salles le 2 mai 2012

A Qiu, une fillette de douze ans, vit avec son petit frère et ses grands-parents dans un village du sud de la Chine, dans le Comté autonome Dong de Sanjiang, où l’on ne parle pas le mandarin mais une langue qui passe, avec ses quinze tons différents, pour être une des plus compliquées au monde.

Depuis des siècles, rien n’a changé dans ces contrées escarpées où l’on cultive le riz dans des rizières en terrasses ; ni les croyances, ni les coutumes, ni le culte de l’architecture traditionnelle dont le grand père de A Qiu est devenu un spécialiste.

La mort subite de la grand-mère va obliger les parents à quitter leur travail en ville pour revenir au village. La petite fille qui est sensible et très observatrice a secrètement décidé qu’elle deviendrait, plus tard, écrivain.


François Truffaut disait que dans tout bon film de fiction, il y a un documentaire et Xiaoling Zhu réussit très bien le dosage.

"La rizière" est à la fois une fiction parfaitement construite et un documentaire qui renseigne avec beaucoup de précisions sur le Comté Dong de Sanjiang où l’on vit au rythme des saisons selon l’antique calendrier lunaire, où les familles vivent en autarcie et essentiellement de la culture du riz qui se pratique avec des moyens rudimentaires, des outils en bois, une charrue tirée par un buffle.

Mais les ressources en riz, le petit élevage et l’entretien d’un potager ne suffisent pas à faire vivre la totalité d’une famille et souvent, plusieurs membres d’entre elles sont obligés de s’exiler en ville.

Sur le canevas documentaire se tisse l’histoire d’une famille sans doute très représentative des autres habitants de ces contrées. Le grand père, tout en s’occupant des rizières, est un spécialiste de la construction des "Tours du Tambour", édifices monumentaux en bois situés au centre des villages et qui servent aux réunions et aux fêtes. La grand-mère qui participe aux différentes étapes de la culture du riz et s’occupe de la maison, est une femme douce et aimante. Tous deux ne se réfèrent qu’aux règles des traditions locales.

Le père et la mère avec leur retour, ont apporté un peu de l’air de la ville et le petit frère de A Qiu leur reproche de ne pas lui avoir rapporté une console de jeux.

Avec la nouvelle génération, la brèche est ouverte et le projet naît de faire du buffle de labour un buffle de combat et de remplacer la bête de trait par un camion.

La petite fille, elle, espère bien obtenir une bourse qui lui permettra d’aller faire des études en ville et sa meilleure amie, un peu plus âgée qu’elle, n’a qu’une idée en tête : participer à des concours de beauté qui la conduiraient, qui sait, à devenir une "Miss".

L’autarcie et le troc vivent leurs derniers moments et l’argent est devenu nécessaire au fonctionnement d’un quotidien sans exigences.

Xiaoling a choisi, pour interpréter ses personnages, des non professionnels car aucun comédien n’aurait su reproduire les gestes des paysans et son choix donne une distribution étonnante, une occasion de plus de lier la fiction et le documentaire.

La photographie est magnifique pour rendre dans toute leur ampleur des paysages beaux à couper le souffle.

Le film rend compte de la candeur des personnages, de cette marginalité qui n’est pas seulement due à l’isolement de ces contrées mais à une résignation, au poids des règles et à celui, encore bien ancré, de fonctionnements ancestraux.

Francis Dubois

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