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Un film de Myriam Aziza (France)

"La robe du soir" Sortie en salles le 24 février

Juliette, jeune collégienne réservée, porte une admiration silencieuse et éperdue à son professeur de français, jeune femme à l’humour cinglant qui aime séduire son auditoire tant par ses réparties percutantes que par l’attention sincère qu’elle porte aux enfants.
Au moment où elle croit avoir retenu l’attention de Madame Solenska, Juliette découvre que celle-ci semble s’intéresser plus à Antoine, un élève extraverti, brillant mais en difficulté scolaire. Un soir, alors que Juliette rôde autour de l’immeuble où habite son professeur, elle voit en sortir Antoine. L’imagination de l’adolescente s’emballe et dès lors chaque regard, chaque geste du professeur vers le garçon vont renforcer chez Juliette l’idée qu’une secrète relation amoureuse les unit…
Partant de l’idée que chaque individu a connu, au cours de sa scolarité, un professeur qui a suscité une admiration légitime mais parfois débordante et douloureuse, Myriam Aziza a construit une histoire qui sonne souvent juste. Le personnage de Juliette, saisi dans l’excès de ses sentiments, est particulièrement réussi, porté par une jeune comédienne sensible et particulièrement inspirée. Celui du professeur aurait sans doute gagné à être plus retenu mais il rend bien, par l’intermédiaire de Lio son interprète, ce pouvoir inconscient de l’enseignant sur ses élèves lorsque la frontière entre éducation est séduction est devenue floue. Cette femme, attentive aux autres et sûre d’elle, fait mouche avec une assurance qui semble inébranlable et des réparties capables de déstabiliser une insolence ou une provocation qu’elle tolère de son auditoire quand elle sait qu’elle peut y faire face et les déjouer. Elle a laissé s’installer entre elle et les enfants une familiarité qu’elle domine parfaitement. Le seul danger auquel s’expose Madame Solenska, qu’elle mesure sans doute mal et qui la menace, vient d’elle même, de cette aisance qu’elle montre, qui est une théâtralisation dangereuse, une représentation flatteuse qu’elle organise, met en scène et dont les élèves sont les spectateurs. acquis. Ce n’est pas par hasard si Myriam Aziza ne donne presque aucune indication sur la vie privée du professeur. Une zone d’ombre qui laisse supposer que pour elle, l’essentiel réside dans l’exercice de sa profession, ses contacts avec sa classe et les rapports qu’elle a réussi à établir avec ses élèves.
Le film est très réussi dans sa première partie quand il se contente d’opérer une approche sensible de la solitude et du désarroi de l’adolescente et des débordements qui en résultent. Il l’est encore quand il laisse deviner derrière l’assurance et les provocations de l’adulte, des blessures masquées, les griffures de la solitude et le besoin d’un miroir flatteur que tendent les enfants.
Il l’est moins quand ce qui était ébauché avec une grande justesse, en débouchant sur des rebonds dramatiques concluants mais sans doute superflus, lève inutilement le voile sur ce qui avait été effleuré avec une pudeur et un goût du secret qui caractérisent l’adolescence.
Malgré quelques réserves qui portent sur des écarts regrettables du scénario sur la fin du récit, "La robe du soir" est un film utile, souvent touchant qui devrait pouvoir donner lieu à des discussions fructueuses sur les relations professeurs-élèves.
Un dossier pédagogique est à la disposition des enseignants sur le site du film.
Francis Dubois

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