Actualité théâtrale

Jusqu’au 24 novembre à La Maison des Métallos

« La route du Levant » En tournée ensuite

Deux hommes se font face dans un commissariat, un flic et un jeune homme menotté suspecté de préparer son départ pour rejoindre Daech en Syrie. Sur un sujet très présent sur les scènes cette année, celui-ci nous paraît être le plus abouti. Ces deux hommes ne sont pas des stéréotypes. Ils existent, ils s’insultent (« Bouffon ou Schtroumpf à lunettes » d’un côté, « Moudjahidin de Nogent le Rotrou » de l’autre), ils argumentent. Le flic croit à la République, à l’égalité des chances et aux Lumières, le jeune répond Coran et Foi qui l’ont aidé à sortir du shit et de l’alcool, espoir d’une vie heureuse avec les « frères et les sœurs » dans ce paradis qu’est le pays de Cham (Syrie, Irak). Chacun à son tour change de niveau de langage (accent banlieue abandonné par le jeune et flic qui manie la langue des Musulmans), passe de l’argumentation à la provocation, d’une apparente bienveillance à la violence. Le flic attaque au nom du respect de la vie et de la sécurité, le jeune se défend en invoquant la liberté d’opinion, le droit de regarder ce que l’on veut sur Internet et se revendique un simple « sympathisant virtuel » ! Tous deux pratiquent la dissimulation et le mensonge.

Théâtre : La route du Levant

Pour sa mise en scène de ce texte du Suisse Dominique Ziegler, Jean-Michel Van Den Eeyden a choisi de mettre à distance la violence crue de ce face à face en faisant lire les didascalies par les acteurs. Les deux hommes sont de chaque côté de la table, assis sur une chaise, l’un est menotté, l’autre a un ordinateur, manipule un crayon ou ses lunettes. C’est le flic qui annonce les informations qui sont sur son ordinateur et sur l’arrivée du suspect. La fin glaçante est évoquée de la même façon sans que rien ne soit montré. Au-delà de l’échange d’arguments, il y a des rebondissements qui agrippent le spectateur.

Mais toute la tension est dans la confrontation verbale et le jeu des deux acteurs qui sont remarquables. Jean-Pierre Baudson, comédien permanent du Théâtre National de Bruxelles, donne toute son épaisseur à ce personnage de vieux flic fatigué, désabusé, un peu alcoolique, qui dit avoir été éducateur autrefois (dit-il la vérité ?), mais en semble désormais bien loin. Grégory Carnoly est ce jeune de banlieue, qui crâne avec insolence, se croit le plus malin mais se fait berner.

Toute la pièce fonctionne sur l’ambiguïté, évite le simplisme d’une confrontation entre « barbarisme et civilisation », cherche à révéler les motivations profondes de ces jeunes, qui se perdent alors qu’ils cherchent à se sauver et révèle aussi les dangers potentiels pour nos sociétés démocratiques d’une lutte contre le terrorisme, pas toujours conforme aux principes affichés. Parce que c’est complexe, c’est passionnant !

Micheline Rousselet

Mardi, mercredi, vendredi à 20h, jeudi et samedi à 19h

La Maison des Métallos

94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 47 00 25 20

En tournée ensuite en Belgique et à la MJC Calonne à Sedan le 16 mai

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