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"La terre des hommes rouges" Un film de Marco Bechis (Italie Brésil) - sortie en salles le 17 décembre

Les Guarani du Brésil ont été dépossédés de leurs terres dès la fin du 19ème siècle par des blancs qui, pour étendre et intensifier les cultures, ont détruit les surfaces boisées, et par là même, fait disparaître le gibier qui constituait la grande partie de leur nourriture.

Aujourd’hui, la plupart des tribus vivent dans des réserves gouvernementales au milieu des fermes et des plantations ou dans des bidonvilles à la périphérie des grandes villes.
La petite tribu Kaiowa que nous montre Marco Bechis est restée dans la forêt. Ne pouvant plus vivre de la chasse, de la pêche ou de l’agriculture, les adultes et les jeunes qui la composent sont contraints de travailler comme saisonniers dans les plantations de canne à sucre pour des salaires dérisoires ou de se prêter à la curiosité des touristes.

Cette situation sans perspective provoque depuis une vingtaine d’années, notamment chez les jeunes, de nombreux suicides.
C’est celui de deux jeunes filles de la tribu, trouvées pendues à un arbre qui va décider une première famille à quitter la forêt, à installer ses tentes sur le terrain qu’ils possédaient autrefois et à tenter la reconquête des biens dont ils ont été spoliés. Ces actions appelées "Retomadas" ne sont pas sans risques. Soutenus par les instances supérieures, les propriétaires terriens et leurs hommes de mains réagissent parfois de façon musclée et radicales à ces démarches pacifiques. D’autres familles suivront la première jusqu’à composer à la lisière des champs, une sorte de village où la vie va reprendre avec le cortège des porteurs d’eau, les chasses infructueuses, des idylles qui se nouent, les trahisons et l’attirance vers la grande ville.
La réalisation de ce film a nécessité un long travail de préparation, d’approche et de mise en confiance des membres de ces communautés indiennes. Certains d’entre eux ont fourni des éléments du scénario avec leur propre histoire et d’autres, qui ignoraient ce que pouvait être le jeu du comédien se sont imposés au moment de la composition du casting. Ainsi l’interprète de Nadio, le chef de la tribu. De telle sorte que les personnages principaux du films sont tenus par des non-professionnels. L’aspect authentique et presque documentaire du film allait-il s’accorder avec les personnages des blancs qui sont, eux interprétés par des comédiens professionnels ? Marcos Bechis réussit le tour de force de leur donner une authenticité qui les fait échapper aux stéréotypes et leur donne parfois des accents pathétiques.
Le film repose sur une lutte obstinée, fière et légitime pour la restitution de leurs terres aux communautés indiennes. Si aucun film n’a jamais changé le cours de l’histoire, celui sort au bon moment puisque le gouvernement brésilien semble actuellement reconnaître à la fois l’erreur commise en attribuant des terres légitimement indigènes aux Fazenderos et les effets désastreux du déboisement au profit de la culture de la canne à sucre…
Ni pathos, ni didactisme. Un film brut qui, d’un bout à l’autre, ne lâche jamais son propos.
Francis Dubois

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Un large fleuve aux eaux brunes, une forêt équatoriale habitée par des esprits maléfiques, des routes rouges tracées au bulldozer, d’immenses champs exploités jusqu’à l’épuisement, des baraquements en tôle, une villa de luxe et sa piscine turquoise au milieu de nulle part. Rarement un film n’a donné à voir avec autant de beauté et de mysticisme les paysages du Mato Grosso. Territoire immense, faiblement peuplée, cette région du sud est brésilienne est un front pionnier ou la déforestation et l’agriculture productiviste détruisent implacablement une terre sacrée, celle des indiens de la tribu Guarani-Kaiowa.

Marco Bechis a fait le choix d’adopter le point de vue des Indiens et de nous montrer la spoliation de leurs terres, leur ghettoïsation dans des réserves, le lent déclin de leur culture, les brimades et les vexations infligées par les propriétaires blancs.
Dans « La terre des hommes rouges », les Indiens ne sont pas seulement des victimes. Ils entrent en résistance. Nadio, le chef d’une tribu, décide de se réapproprier les terres de ses ancêtres en dressant un campement sur le territoire des blancs. L’affrontement entre les deux communautés est alors inévitable. Ce conflit met à jour la brutalité des inégalités économiques et la violence des rapports entre des fermiers obsédés par la rentabilité de leurs terres et une communauté qui voudrait encore vivre au rythme de la nature.
Interprété par des comédiens non professionnels, ce film n’en est pas pour autant un documentaire mais il donne à voir une réalité terrible, celle d’une identité qui agonise lentement, aussi bien physiquement -en nous rappelant que ces tribus sont ébranlées par de nombreux suicides- que spirituellement.
Réalisateur engagé dans la défense des tribus indiennes, Marco Bechos réussit à nous faire partager toutes les contradictions et la complexité de cette situation : choc des civilisations et des générations, effets du tourisme et de l’agriculture productiviste, perte d’identité…
Autant de thèmes qui traversent les programmes d’histoire-géographie, de philosophie et de SES au lycée.
Le site « zéro de conduite » propose aux professeurs d’histoire-géo un dossier pédagogique approfondi et complet sur une utilisation possible du film en classe de Terminale et de Seconde. Dans le Monde de l’Education du mois de décembre figure aussi un encadré « ciné classe » consacré à l’usage pédagogique de cette œuvre. Une projection avec des élèves peut enfin être un excellent point de départ pour un travail interdisciplinaire.
Carole Condat

Pour plus d’informations : www.zerodeconduite.net/laterredeshommesrouges

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