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Un film de Frédéric Pelle (France)

"La tête ailleurs" Sortie en salles le 8 décembre 2010

Patrick Perrin, croupier dans un petit Casino de la côte atlantique, fait un jour l’acquisition d’une belle et solide valise rouge. Il se rend chez son médecin et se renseigne sur les vaccinations nécessaires pour se rendre dans les pays lointains…
C’est que Patrick Perrin n’a qu’une seule idée en tête : partir loin et longtemps.
En attendant, il faut trouver dans l’appartement aux murs nus, la meilleure place pour poser la valise et la remplir petit à petit avec des lunettes noires, un chapeau de paille et un couteau dans son étui pour le cas où, au cours de son périple, il aurait à éplucher un fruit ou à couper une ficelle. Il apprend avec l’application d’un élève studieux les langues étrangères.
Mais les préparatifs du voyage ne se limitent pas à remplir la valise et à faire le tour de tous les vaccins. Il faut aussi prendre bien soin de ne provoquer aucun attachement avec personne, ni avec la jeune prof nageuse et dépressive qui lui plaît bien, ni avec son convivial voisin qui lui tend des perches pour une solide amitié, ni avec l’agent immobilier qui lui fait des offres pour l’acquisition avantageuse d’un appartement…

Pourtant, le moment de partir tarde à venir…
"La tête ailleurs" est l’adaptation d’un roman de Laurent Graff "Voyage, voyages" dont le héros passe sa vie à rêver.
Patrick Perrin n’est ni un hurluberlu distrait, ni un gaffeur, ni un marginal. Il a une activité professionnelle dont il s’acquitte avec efficacité, il a un appartement qui, s’il ne contient que le strict minimum, est propre et entretenu. Il a une vie sociale même s’il met un frein à tout dépassement affectif.
Patrick Perrin n’est à cause de son rêve qui l’occupe, qu’un être décalé qui ne sait jamais s’il partira un jour ou s’il ne partira jamais.
Frédéric Pelle a réalisé une comédie fantaisiste où l’on peut voir en filigrane une réflexion profonde sur le sens de la vie. Il y mêle un humour décalé tout en subtilité, que n’auraient sans doute renié ni Pierre Etaix ni même Jacques Tati, et une certaine forme de gravité.
Une comédie existentielle, minimaliste et profondément personnelle et pour interpréter un personnage non charismatique, il fallait peut-être bien un acteur non connu du public. Le film de Frédéric Pelle doit beaucoup à Nicolas Abraham qui donne avec une constante et presque imperceptible distance l’émotion, la détermination et le pathétique.
"La tête ailleurs" est à mettre à l’actif de cette nouvelle tendance d’une comédie à la française intelligente, sans tapage qui nous entraîne dans son sillage avec le bonheur d’un bercement. Etaix, Tati autrefois et plus récemment Emmanuel Mouret ont ouvert la voie à ces divertissements subtils et réjouissants.
Ici la poésie du personnage amène à sourire, parfois à rire. On a tant de sympathie pour ce Patrick Perrin avec qui chacun de nous, se trouvera, de près ou de loin, un vague air de parenté.
Francis Dubois

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