Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film d’animation de Ignacio Ferreras (Espagne)

"La tête en l’air" Sortie en salles le 30 janvier 2013

Après une vie professionnelle bien remplie en tant que directeur d’une agence bancaire, Emilio montre les premiers signes de la maladie d’Alzeimer.

Son fils et sa bru prennent la décision de le placer en maison de retraite.

Sa nature d’homme raisonnable lui interdit la moindre résistance quand il se trouve catapulté dans un univers que sa lucidité épargnée lui fait apparaître dans sa réalité glacée.

Heureusement Emilio partage sa chambre avec Miguel, un homme d’origine argentine sans attaches, d’une étonnante vitalité avec qui il se lie d’amitié.

Le petit cercle d’amis auquel il se laisse associer est constitué de personnes encore peu atteintes et pleines de fantaisie.

Alors que la maladie progresse chez Emilio, Miguel et quelques autres vont se mobiliser pour retarder le moment où il devra être transféré à l’étage des "causes perdues", tant redouté par les pensionnaires de l’établissement.

Leurs stratégies et toute l’invention dont ils feront preuve vont apporter humour et rythmer les journées de la petite communauté.

"La tête en l’air" est une adaptation du roman graphique de Paco Roca publié aux Editions Delcourt.

Le film d’animation qui en résulte est "habité". Le graphisme est tellement soigné que sous le crayon, comme par magie, chaque personnage, le plus secondaire soit-il, existe presqu’autant que s’il était interprété par un comédien.

Cette perfection du trait, le soin apporté au détail, la qualité des regards, le réalisme des costumes, des décors, contribuent à une véritable incarnation des lieux et de tous les personnages.

Emilio est le parfait retraité de banque figé dans une rigidité de fonctionnaire habitué à être soumis à des règles strictes.

La nature extravertie de son voisin de chambre le déconcerte parfois, mais il sait aussi que le suivre dans ses excentricités lui procure un sursis.

L’achat de la voiture, l’escapade qui finira dans le fossé, sera le dernier moment de vraie vie pour Emilio.

Le film est dédié "à tous les malades et à ceux qui le deviendront". Il donne une vision juste de cette maladie qui isole et conduit à la marginalisation progressive de l’individu. Il aborde les différentes phases du mal ici adoucies par la présence vivifiante de quelques compagnons eux aussi en sursis.

La gravité su sujet, la fin de vie, est traitée ici hors de tout optimisme, de toute ouverture sur le moindre espoir, avec une vision très réaliste de la réduction chaque jour un peu plus de la marge d’activités.

A peine les circonstances apportent-elles des moments ponctuels heureux, l’illusion très brève d’accès au bonheur.

Un film juste sans tromperie, sans concessions, vif et …drôle.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • "Le grand Alibi"
    Les romans d’Agatha Christie ont beaucoup inspiré le cinéma. Les anglais et les allemands ont été les premiers à adapter des œuvres de la romancière prolifique. Ses Dix petits nègres ont à eux seuls fait... Lire la suite (Avril 2008)
  • "My father, my lord"
    Rabbi Abraham vit avec son épouse Esther et son fils, Menahem, dix ans, dans une communauté ultra-orthodoxe à Jérusalem. Rabbi Abraham consacre sa vie à l’étude de la Tora et de la loi juive. Sa femme... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Les citronniers"
    Dans un petit village situé à la frontière de la Cisjordanie et d’Israël, Salma exploite avec la seule aide d’un vieil ouvrier, une plantation de citronniers. Or, le ministre israélien de la Défense... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Children"
    Longtemps, l’Islande a été utilisée surtout comme décor naturel pour des productions cinématographiques. Mais depuis peu, une génération de cinéastes est apparue parmi lesquels Baltasar Kormakur avec "The... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Rome plutôt que vous"
    "Rome plutôt que vous" est à plusieurs titres une œuvre passionnante. D’abord parce qu’on doit ce film à un jeune réalisateur algérien qui y mène de front un portrait de l’Algérie actuelle -nous sommes... Lire la suite (Avril 2008)