Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Un travail de mémoire.

« La torture de l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 » Raphaëlle Branche

Raphaëlle Branche, dans « La torture de l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 », a épluché les archives enfin ouvertes de cette période et a recueilli des témoignages de « survivants » qui commencent seulement à parler. Jusque-là, cette guerre qui n’a jamais dit son nom, a été enterrée pour éviter le bilan des gouvernants. Ils ont ainsi tué la mémoire. L’auteure livre un travail qui tient autant de l’anthropologie que de l’histoire politique tout en donnant de la place à celle des mentalités pour expliquer l’acceptation de la torture. Elle situe cette guerre non pas dans la continuité de la Résistance – contradictoirement - mais dans celle de la guerre d’Indochine. Les mêmes méthodes se retrouvent. Le fonctionnement de l’Institution militaire s’entremêle avec les comportements individuels et la violence de la guerre pour arriver à faire voler en éclats les barrières de la conscience et de notre humanité. Une analyse qui permet de comprendre la guerre d’Algérie, le silence coupable des survivants, la haine inscrite dans les affrontements, la vengeance... Une guerre coloniale qui se traduit par le racisme, l’exclusion, le sentiment de supériorité de cette armée chargée de la répression et l’oubli de cette affreuse barbarie voulue et organisée par les pouvoirs en place.

Littérature : La torture de l'armée...

En même temps, cette description est universelle. Toutes les guerres ont les mêmes conséquences. Les civils ne veulent pas reconnaître leur responsabilité, celle d’avoir laissé faire et laissé sur le bord de la vie les soldats chargés d’une mission barbare... pour gagner une guerre qu’ils ne pouvaient que perdre...

Pour retrouver la mémoire…

Nicolas Béniès

« La torture de l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 », Raphaëlle Branche, Folio/Gallimard.

Autres articles de la rubrique Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

  • Spécial James Lee Burke.
    Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption,... Lire la suite (1er août)
  • « Derek Bailey », Jean-Marie Montera
    Le guitariste anglais Derek Bailey (1930-2005) a été un des pionniers de la branche nouvelle dite « Improvisation libre ». Son importance est telle que, dès 1966, il a changé la donne et brouiller les... Lire la suite (31 juillet)
  • « Dans la tête de Victor Orban »
    Illibéralisme un terme qui fait fureur pour décrire l’arrivée au pouvoir par la voie électorale de dictateurs au petit pied qui battent en brèche tous les droits démocratiques et installent un pouvoir... Lire la suite (31 juillet)
  • « Les soviets en Russie, 1905-1921 », Oskar Anweiler
    La révolution russe fait couler beaucoup d’encre. En oubliant les « soviets », bizarrement. Pourtant, ils représentent une forme nouvelle de démocratie. Ils dérangent et obligent à s’interroger sur les... Lire la suite (30 juillet)
  • « « Underworld, Romans noirs », William R. Burnett
    William R. Burnett, né à Springfield (Ohio), en 1899, a eu le choc de sa vie en arrivant à Chicago. La deuxième grande ville des États-Unis, la porte du Midwest, industrielle et corrompue, capitale de... Lire la suite (29 juillet)