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Un film de Pelin Esmer (Turquie-France-Allemagne)

"La tour du guet" Sortie en salles le 11 septembre 2013

Nihat a vécu un drame qui l’a privé de sa femme et de son fils. Il a besoin de solitude et c’est pour cette raison qu’il accepte un emploi de gardien dans une tour de guet d’où il peut observer l’immensité de la forêt.

Seher qui a été recueillie par son oncle, a trouvé un emploi dans une gare routière rurale, dans la même région.

Les circonstances de la vie finissent par réunir ces deux êtres isolés qui seront amenés à construire ensemble une façon de vie commune.

Dans un premier temps Pelin Esmer effleure à peine ses personnages, les réduisant à l’état de silhouettes dans un décor de vastes montagnes qui semble les dévorer.

Un homme descend d’un autocar et emprunte un chemin qui va le conduire à une étrange demeure suspendue, dont toutes les façades vitrées donnent sur les montagnes. On comprend dès l’installation dans les lieux qu’il a la charge de surveiller ces étendues vallonnées. On apprend qu’il est novice dans sa nouvelle fonction et qu’il ne lui coûte pas de ne pas être relevé de temps en temps, comme si le reste du monde ne présentait plus pour lui le moindre intérêt.

Seher était étudiante en lettres tant qu’elle vivait chez son oncle. Que s’est-il passé avec cet homme de sa famille, qui l’ait contrainte à accepter un travail d’hôtesse dans une gare routière, à loger dans un local attenant à la station-service ?

Petit à petit, le voile se lève et les personnages, de flous qu’ils étaient, trouvent un contour. L’histoire de l’un et de l’autre apparaît : le drame qu’a vécu Nihat avec la mort accidentelle de sa famille, la grossesse due à l’oncle que Seher dissimule sous des vêtements amples.

L’état de fragilité où l’a plongé sa solitude va amener Nihat à s’attacher au personnage de la jeune fille.

Alors que tout le monde autour d’elle ignore son état, il sera le seul à pressentir le moment de la délivrance et à voir, depuis un autre poste de guet, la cafétéria de la gare routière, que le moment de l’accouchement est imminent.

Que peut-il résulter de la rencontre de deux êtres blessés dont l’existence n’est plus qu’un pis-aller. Quelque chose reste-t-il à construire sur ces ruines ?

"La tour de guet" dissimule derrière les silences, les retenues, l’anéantissement des sentiments, les règles de la pudeur, une violence en sourdine mais bien réelle.

Ces deux êtres égarés dans leur propre existence sauront retrouver au fond d’eux-mêmes, là où elle gisait moribonde, un sursaut de survie.

Les vastes paysages qu’ils ont sous les yeux ne seront peut-être pas totalement étrangers à une "résurrection" possible.

Francis Dubois

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