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Un film d’Elisabeth Leuvrey (France)

"La traversée" Sortie en salles le 17 avril 2013

Chaque été, ils sont nombreux à transiter en bateau entre la France et l’Algérie, entre Marseille et Alger.

Les voitures sont chargées jusqu’au capot mais quand on a garé la sienne dans la soute et qu’on monte s’accouder au bastingage pour regarder disparaître Marseille dans la brume, commence, pour vingt-quatre heures, la traversée.

La traversée, c’est une sorte de no man’s land, de parenthèse privilégiée où l’on n’est plus en France et pas encore en Algérie et peut-être bien, dans sa juste position.

Des circonstances, avec le huis-clos singulier du paquebot qui offrent une sorte de liberté et favorisent les confidences, les bavardages, les échanges jusqu’à laisser s’ébruiter sa philosophie de la vie.

Peut-être parce qu’au cours des différentes traversées effectuées pour accumuler la matière de son film, Elisabeth Leuvrey n’a, d’évidence, croisé aucun touriste, les passagers du ferry et leur migration saisonnière semblent être un produit de l’histoire franco-algérienne.

Pourtant, parmi les passagers, il n’y a pas exclusivement des vacanciers, des français d’origine algérienne qui résident en France, il y a aussi des algériens qui résident en Algérie.

Pour tous, le sujet récurrent est celui du déracinement et/ou de l’acculturation et de sa vraie place, l’Algérie pays d’origine ou France, pays d’adoption.

L’un et l’autre. Ni l’un ni l’autre. Mais chaque histoire est singulière et l’on se complaît parfois à dire qu’on ne trouve son compte nulle part et qu’il en ressort une sorte de culpabilité latente qui ne se dissipera jamais.

L’espace-temps de la traversée précipite les choses. On tente de profiter de ce temps de répit pour trouver une réponse à ses questionnements.

Bavardages, confidences, propos contradictoires se bousculent. Mais ce ne sont pas dans ce que nous livrent d’eux les passagers, dans la sincérité ou pas de leurs propos, que réside l’intérêt du film.

Il est dans la description, à travers eux, de ce moment qui ne durera que vingt-quatre heures et où le confort, l’aisance de chacun réside dans l’ivresse que leur procure une situation provisoire où tout choix est suspendu.

On en revient à la question récurrente. L’Algérie ? La France ?

Faudrait-il que cette traversée se prolonge à l’infini pour que beaucoup trouvent l’apaisement.

L’excitation de l’embarquement. La nostalgie du retour. L’essentiel n’est-il pas de reculer, par un flot de paroles, les vraies questions et surtout leurs réponses ?

Constat touchant. Instantané réussi.

Un "voyage" à conseiller à tous ceux que le problème de l’immigration intéresse. A ceux qui la souhaitent. A ceux qui la réprouvent.

Francis Dubois

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