Actualité théâtrale

jusqu’au 17 février

La trilogie de Joël Pommerat : Au monde - D’une seule main - Les marchands au Théâtre de Gennevilliers

Pour la première fois, la Trilogie de Joël Pommerat, qui a toujours été donnée de façon dispersée se trouve recomposée. C’est l’occasion de découvrir, avec la cohérence de l’ensemble, la force et l’originalité d’un théâtre politique et social, la singularité d’une démarche où le réel contemporain est saisi dans ce qu’il a de flou et d’incertain. Sans jamais perdre de vue une authenticité au plus près des situations.
"Au monde" met en présence des hommes de pouvoir vieillis, faibles et frêles, dont la puissance qu’ils ont toujours possédée se manifeste encore par les effets de petits signes, de petits mots, les seuls que leur permettent de retarder pour un temps encore une sénilité imminente. Face à eux, des femmes, des jeunes filles, de petites filles bienveillantes à leur égard, admiratives… Un père, sorte de vieux parrain, son fils, ses trois filles, le salon d’une maison cossue, de belles images glacées….
"D’une seule main" se situe pendant les vacances dans une maison où les secrets d’une famille se mêlent à des secrets d’Etat, où l’intime et le quotidien ordinaire sont atteints par les secousses de l’Histoire. De fortes accusations pèsent sur un vieil homme. Un ministre, une conseillère en stratégie militaire, un responsable de parti politique, une avocate et un metteur en scène de théâtre interviennent dans cette histoire dont on ignore si elle est réelle ou imaginaire.
Dans "Les Marchands", une narratrice qui se veut être un témoin objectif nous parle d’elle, du mal de dos dont elle souffre, des rêves de sa voisine, de l’usine qui va fermer, de familles plongées dans de grandes difficultés, de la guerre dont on sent la menace… Mais quand le paranormal s’immisce dans le réel, "Les marchands" devient une comédie noire jouant à la fois sur le mode ironique et sur le mode tragique où la parole de l’individu contredit la parole collective.
Joël Pommerat fonde en 1990 la Compagnie Louis Brouillard avec laquelle il a conçu une dizaine de créations dont Pôles crée au centre National des Fédérés en 95, Treize étroites têtes en 97, ou Mon ami en 2001 créé au Théâtre Paris-Villette. Au monde en 2004 et Les Marchands ont été créés au Théâtre National de Strasbourg.
Pour Joël Pommerat, le Théâtre est une affaire collective. Bruits et musique, gestes et mouvance du corps, incidents extérieurs s’ajoutent à l’écriture dans le processus d’un travail collectif.
Le Petit Chaperon rouge, Au monde et Les Marchands figuraient dans la programmation officielle du 60ème Festival d’Avignon.
Je tremble, présenté en début de saison au Théâtre des Bouffes du Nord, la dernière création de la Compagnie Louis Brouillard, est le résultat d’un travail conçu alors que la Compagnie était en résidence à La Fonderie au Mans en 2007.
Joël Pommerat est artiste associé à l’Espace Malraux-Scène nationale de Chambéry et de la Savoie jusqu’en 2008. La Compagnie Louis Brouillard est, elle, en résidence au Théâtre Brétigny depuis 1997 et au Théâtre de Bouffes du Nord depuis 2007.
Francis Dubois

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Le théâtre de Gennevilliers en présentant sur une même période ces trois pièces créées entre 2004 et 2006, nous permet d’apprécier l’œuvre d’un jeune auteur metteur en scène qui apparaît comme extrêmement doué. On se l’arrache un peu partout en Europe et même aux Etas-Unis. Joël Pommerat nous dit beaucoup de choses sur nos inquiétudes face au monde tel qu’il va, mais aussi sur nos abîmes intérieurs, sur nos frustrations, sur la comédie que nous nous jouons et sur nos secrets. Il y a les échos du monde, une résonance de fragments de l’actualité, mais aussi des énigmes, des ambiguïtés et parfois des traits d’humour grinçant qui font mouche.
Dans « Au monde », Joël Pommerat nous entraîne dans une famille de puissants industriels, où un vieil homme est confronté à ses trois filles. On y entend entre autres un texte très fort sur les dérives de la dévotion au beau de notre époque et l’on constate que toujours, chez cet auteur, se mêlent l’intime et le monde.
Dans « D’une seule main » un patriarche, menacé d’un procès qui révélerait son rôle plus que trouble dans l’histoire politique récente fait face à son fils qui le hait et s’est automutilé et à sa fille, plus politique, qui veut le défendre. Par amour ou par opportunisme ? Toutes les ambiguïtés chères au théâtre de Joël Pommerat sont là. La pièce, qui part dans un peu trop de directions et qui ressemble parfois à un collage est moins convaincante.
« Les Marchands », pièce très remarquée au festival d’Avignon en 2006, a pour personnage central une femme démunie de tout, habitant un appartement vide dans une tour, qui entretient des liens profonds avec les morts qui appartenaient à son entourage. Son existence apparemment terne a été traversée d’événements violents et la pièce mêle avec audace réflexion sur la « valeur travail » et dialogue avec les morts.
La mise en scène joue beaucoup sur les éclairages qui ajoutent à l’impression d’étrangeté et signent une esthétique dépouillée et sophistiquée. « L’obscurité, le silence et la présence des corps dans le vide du plateau, constituent la matière première de ce théâtre du trouble, qui fait appel aux sens plus qu’à la raison » (Libération). Le fait que les acteurs, qu’on retrouve en partie dans les différentes pièces, appartiennent à une même compagnie qui travaille depuis dix ans avec l’auteur, donne à l’ensemble une grande cohérence et une connivence rare avec le travail de Joël Pommerat. Micheline Rousselet

Théâtre de Gennevilliers - Centre Dramatique National de Création contemporaine
41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers
(Métro Gabriel Péri, ligne 13, direction Asnières-Gennevilliers)
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 41 32 26 26 ou www.theatre2gennevilliers.com

Au monde, les 8 et 9 février à 20h30, les 10 et 17 février à 15h.
D’une seule main, le 13 février à 20h30, le 10 et le 17 février à 18h, le 14 février à 19h30
Les marchands, les 6,15 et 16 février à 20h30, le 7 février à 19h30

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