Actualité théâtrale

Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 27 octobre 2012

"La vie dans les plis" Partenaire Réduc’snes

"La vie dans les plis" d’après l’œuvre d’Henri Michaux

Conception et mise en scène de Blandine Savetier et Thierry Roisin

Que sait-on d’Henri Michaux, cet électron libre de la poésie française ? "Plume" reste la trace la plus marquante de son œuvre.

Mais si cet écrivain reste un des plus énigmatiques du XXème siècle, c’est qu’il a réalisé une œuvre dont il n’est pas facile de définir les contours et dont la tonalité générale est dans une vitalité, une gravité espiègle, un humour grinçant et un absurde hors du commun.

Michaux dont les textes ne sous-tendent par un optimisme effréné, refuse cependant une vision tragique du monde. Il brouille les pistes en y intégrant, souvent de façon inattendue, à faible dose, rire et absurde.

Le spectacle qu’ont conçu et mis en scène Blandine Savetier et Thierry Roisin cherche à recréer le langage et les images scéniques de cette vitalité audacieuse, cette vision d’étrangeté, un monde des rêves qui nous habitent.

Il est aussi difficile de définir "La vie dans les plis" que de résumer l’œuvre de Michaux. C’est un peu comme un objet qui échappe et glisse au moment où on croit le saisir. C’est imprévisible, coloré ou enfoui dans la pénombre. Ça bouge de partout ou ça reste statique. C’est bavard ou ce ne sont que des gestes.

Dans leur démarche de conception, Blandine Savetier et Thierry Roisin obéissent à la lettre à Henri Michaux qui n’aimait pas qu’on le définisse comme un écrivain mais plutôt comme un expérimentateur touchant à la réalité, qu’une invention perpétuelle détourne de son tracé attendu.

Le lieu pourrait être une salle d’attente, un hall de gare, un endroit de transit mais qui possède son spectre d’abstraction. Et les personnages, les silhouettes plutôt, qui le traversent dans des accoutrements multiples pour que l’on ne s’attarde sur aucun, sont des arpenteurs du monde du dehors et du monde du dedans, résolument nomades, préférant à un habitat fixe l’anonymat et la liberté d’une chambre d’hôtel.

La construction fragmentée, sorte de mise bout à bout, révèle la complexité d’un monde sans cesse interrogé. Aucune logique ne semble rapprocher les événements objectifs mais restitue un enchaînement toujours surprenant des pensées, des images rythmiques, de nos paysages mentaux, mobiles mais jamais achevés.

Henri Michaux a beaucoup écrit et peint mais il aurait surtout aimé écrire de la musique.

C’est sans doute à ce titre que, sur une sorte de terrasse surplombant le plateau, Blandine Savetier et Thierry Roisin ont placé une dizaine de musiciens qui mettent en mouvement un paysage sonore discontinu et sophistiqué qui imprime à chaque séquence un rythme propre.

On garde de ce spectacle singulier et envoûtant, l’image globale, malgré le découpage, d’une sorte de poème visuel jouant sur les sonorités, les couleurs, les pénombres et un très beau travail sur les lumières.

Francis Dubois

Théâtre Nanterre-Amandiers 7, Avenue Pablo-Picasso 93 022 Nanterre

www.nanterre-amandiers.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 70 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)
  • « Mme Klein »
    À Londres en 1934, Mélanie Klein, que l’on peut considérer comme l’une des premières psychanalystes pour enfant dans les années 1920, vient d’apprendre la mort de son fils Hans à Budapest. Naturalisée... Lire la suite (9 octobre)
  • « Non, c’est pas ça ! (Treplev Variations) »
    Ils sont trois sur scène, une femme et deux hommes, ils devaient être treize et jouer La mouette , mais l’un d’eux, le metteur en scène probablement, s’est suicidé. Ils ont décidé de continuer le... Lire la suite (7 octobre)