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Un film d’Olivier Ducray (France)

"La vie des gens" Sortie en salles le 4 mars 2015.

Chaque jour de l’année, Françoise, infirmière libérale, donne des soins à domicile et sa visite souvent quotidienne, si courte soit-elle, illumine la vie de Josette, Georgette, Léopoldine ou d’Emile.

Elle est chaleureuse, drôle, positive, réconfortante. Elle parcourt par tous les temps, sur sa trottinette, les rues de Lyon.

Cinéma : la vie des gens

Dans un premier court métrage "Champagne ", en 2011, Olivier Ducray traitait déjà de l’isolement et de la solitude.

"La vie des gens " résonne comme le prolongement de cette thématique et le film est une manière de dire que, derrière les gens, fussent-ils âgés, immobilisés, végétatifs, il y a de la vraie vie, avec des plaisirs, des désirs, des centres d’intérêt.

L’espérance de vie s’étant rallongée, la question de la dépendance et de l’isolement en fin de vie est un enjeu. On découvre aujourd’hui un âge que l’humanité ne connaissait pas.

Celui où l’individu redevient dépendant comme quand il était enfant.

Toutes les personnes qui apparaissent dans le film n’ont certainement pas vu leurs grands-parents dans la situation où ils se trouvent, eux.

Lorsqu’ils sont encore en couple ils ont un interlocuteur, mais quand ils vivent seuls, les quelques minutes dans la journée où ils dialoguent avec Françoise les remettent sur les rails d’une société dont ils sont coupés. Ces quelques instants réinventent l’échange, l’humour, leur permet d’exprimer ce qu’ils ont contenu au cours de leurs longues journées et parfois de leurs nuits de mauvais sommeil.

Du 1er janvier 2012 au 1er janvier 2013, Olivier Ducray a suivi régulièrement le déroulement des journées de Françoise. Il est entré dans les appartements. Il a filmé la piqûre quotidienne, le renouvellement du pansement, le transfert du lit au fauteuil, la préparation des cachets pour la journée, le coup de brosse dans la chevelure hirsute.

Les visites ne diffèrent pas beaucoup de l’une à l’autre mais elles permettent sur la durée de s’attacher à certains personnages, de constater les différences entre les personnalités, de se poser la question de savoir qui, du plus volubile au plus silencieux, souffre le plus de la solitude, d’être tenu au rancart de la société.

Il y a ceux qui expriment leur désir d’en finir, ceux qui sont discrets sur le sujet mais qui n’en pensent sans doute pas moins.

Ils sont tous du côté de la mort. Françoise qui est du côté de la vie leur insuffle, pour quelques instants, un regain de vie.

Ces fins de vie dans la solitude sont terribles mais il y a des degrés. Une différence sensible entre la bourgeoise qui vit sa vieillesse dans un décor cossu et la prolétaire dans sa pièce cuisine aux murs bouffés par les taches de moisissure…

La vie des (vieilles) gens isolés fait peine à voir et sur vingt-quatre heures d’une journée, la visite de dix minutes de Françoise est bien peu de chose…

Francis Dubois

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