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Un film de Karim Aïnour (Brésil)

« La vie invisible d’Euridice Gusmao » Sortie en salles le 11 décembre 2019.

Rio de Janeiro 1950, Euridice dix huit ans et Guida vingt ans, sont deux sœurs complices, très liées l’une à l’autre. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l’une d’une carrière de pianiste et l’autre du grand amour. A cause du caractère rigoureux de leur père, les deux sœurs séparées vont être amenées à construire leurs vies l’une sans l’autre. Chacune prendra son destin en main sans jamais perdre l’espoir de se retrouver à nouveau réunies un jour. Les vicissitudes de la vie décideront pour elles.

laé vie invisible d'Euridice Gusmao

«  La vie invisible d’Euridice Gusmao  » est un film inspiré du roman éponyme de Martha Bathala paru en 2015 et réalisé par Karim Aïnour lequel, dès la lecture qu’il en a faite a été d’autant plus touché par cette œuvre qu’elle l’a renvoyé à des souvenirs de sa propre vie, au Nord-Est brésilien conservateur des années soixante, quand il grandissait au sein d’une famille constituée essentiellement de femmes. Une famille matriarcale dans un contexte très machiste.

Les personnages du roman l’avaient à ce point impressionné qu’il a eu le désir de les rendre visibles face à tant de vies invisibles comme celles de sa grand mère, de ses tantes et tant d’autres anonymes, femmes de l’ombre.

Les télénovelas ont fait vivre et banalisé la notion de mélodrame. Ces émissions ont ému chaque jour des millions de téléspectateurs. « La vie invisible de Bérénice Gusmao  » célèbre le mélodrame et se sert de son esthétisme pour faire une satire sociale de notre époque, une critique tragique, grandiose et crue à travers une histoire qui met en lumière un chapitre invisible de l’histoire des femmes.

Depuis sa première réalisation «  Madame Sata » en 2002 qui racontait l’histoire de sa grand mère et de ses quatre sœurs, Karim Aïnouz a toujours eu comme projet d’écrire un mélodrame qui serait contemporain, social et pertinent. «  La vie invisible de Bérénice Gusmao  » remplit totalement ce contrat. C’est un film à la fois flamboyant, émouvant et ample qui fonctionne comme un opéra par son volume narratif, avec des couleurs fluorescentes et saturées, mais c’est en même temps un film très personnel qui puise dans l’intimité de ses personnages.

La mise en scène ciselée de Karim Aïnouz permet à ce récit quasiment épique de ne jamais devenir prévisible en créant un monde qui soit à la fois réel et excessif, qui amène à un attachement profond pour les personnages et à un léger suspense à propos des chances ou pas de voir aboutir les retrouvailles des deux sœurs.

Dès le premier mandat de Lula, l’industrie cinématographique brésilienne a connu un rebond très sensible. Mais depuis l’élection de Bolsonaro, elle entame une période de récession. Aujourd’hui, toutes les activités de l’Agence nationale du cinéma du Brésil ont été interrompues. Un risque de démantèlement rapide du secteur est réel.

Le fait qu’il y ait eu en sélection à Cannes, cette année, trois films représentant le Brésil, est la preuve du succès des politiques publiques des gouvernements précédents.

Les gestes en faveur du cinéma brésilien se multiplient à l’étranger et notamment en France où, outre la sélection de Cannes, plusieurs manifestions ont eu lieu comme au Forum des Images où le cinéma brésilien était à l’honneur dans le cadre du festival «  Un état du monde et du Cinéma »

«  La vie invisible de Bérénice Gusmao  » est un superbe exemple de la force créative et de la sensibilité du cinéma brésilien qui, en dépit de tentative de mise à mort, tente de continuer la lutte.

Francis Dubois

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