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Un film de Rachid Bouchareb (France)

"La voie de l’ennemi" Sortie en salles le 7 mai 2014.

Garnett vient de purger une peine de dix-huit ans de prison pour avoir abattu l’adjoint du Shérif Bill Agati, au Nouveau-Mexique.

A sa sortie, il est pris en charge par Emily Smith, une femme de caractère, agent de probation chargée du suivi de sa réinsertion.

Garnett est bien décidé à changer totalement de cap et à s’engager sur le tracé d’une vie ordinaire.

Pour cela, il accepte un travail mal rémunéré de vacher, dans un centre d’élevage où il se confond avec le reste du personnel.

Sa rencontre avec Teresa, une gentille fille qui aspire elle aussi à une vie tranquille vient confirmer ses bonnes intentions.

Mais ses résolutions louables vont très vite se heurter à deux obstacles :

Le Shérif Bill Agati, bien déterminé à faire payer à Barnett l’assassinat de son adjoint, et ses retrouvailles avec Terence, un homme d’affaires douteux qui lui fait miroiter un emploi de responsabilité dans une de ses "sociétés" au Mexique.

Ces deux hommes, chacun à sa façon et pour des raisons différentes, vont faire barrage aux bonnes intentions de l’ex-taulard et le conduire à renoncer à la vie paisible à laquelle il aspirait sincèrement.

Rachid Bouchareb, pour écrire le scénario de " La voie de l’ennemi" , s’est inspiré de " Deux hommes dans la ville " de José Giovanni, réalisé au début des années soixante-dix, un film qui était politiquement engagé sur le sujet de la peine de mort.

Ici, la peine de mort n’est plus d’actualité et du film de Giovanni, ne subsiste, dans ses grandes lignes, que la trame dramatique. Les personnages et le cadre de l’histoire ayant été profondément modifiés.

Le jeune repris de justice qu’interprétait Alain Delon est devenu un afro-américain qui s’est converti à l’Islam au cours de sa détention et trouve, dans la pratique rigoureuse de la religion, force, apaisement et de quoi contenir une tendance à la révolte.

Le personnage de l’éducateur qui revenait à Jean Gabin est devenu Emily Smith, une quinquagénaire déterminée, qui dissimule un cœur généreux derrière une rudesse et une intégrité sans appel.

Le policier est devenu le pugnace Shérif Agati et Harvey Keitel a remplacé Michel Bouquet.

Le Nouveau Mexique a remplacé la France. Ce choix géographique offre au récit le support de paysages amples que dans sa réalisation, Bouchareb agrémente d’une image flamboyante qui favorise les horizons crépusculaires et rougeoyants, les étendues arides et un urbanisme constitué d’habitations isolées, créant des atmosphères lourdes, poussiéreuses, souvent à la limite de l’irrespirable.

Si le récit se déroule sans surprise, émaillé de séquences cruelles, de faces- à-faces orageux, il bénéficie outre de paysages magnifiques, d’une interprétation de haute volée.

Forest Whitaker donne un Garnett magnifique, tout en violence contenue. Sa composition est d’une force magistrale et si l’on garde un souvenir du film, c’est celui de sa haute silhouette à la démarche lourde ou celui de ce questionnement sur lui-même, les autres et l’injustice, qui habite son regard.

Brenda Blethyn, comédienne anglaise qui était dans un précédent film de Rachid Bouchareb " London River" est une Emily Smith bourrue mais pétrie de générosité.

Il n’y a qu’Harvey Keitel pour donner l’impression de s’ennuyer un peu dans l’aventure…

"La voie de l’ennemi" est un film qu’on pourrait qualifier d’irréprochable mais au sens réducteur du terme.

Car s’il remplit parfaitement sa mission de film ample et généreux, il lui manque un petit quelque chose qui aurait pu en faire une œuvre forte.

Francis Dubois

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