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Un film de Stéphane Frears

"Lady Vegas, les mémoires d’une joueuse" Sortie en salles le 8 août 2012

Beth Raymer décide d’abandonner son métier de strip-teaseuse en Floride pour aller faire la barmaid à Las Vegas.

Elle n’aurait peut-être pas gagné au change si elle n’avait fait la connaissance de Dink, parieur sportif professionnel, qui décèle en elle un vrai potentiel de joueuse instinctive.

Sûr d’avoir débusqué l’oiseau rare, Dink lui offre un vrai boulot. Elle devra prendre des paris en son nom et démarcher des clients par téléphone.

La jeune femme se révèle très douée et ne tarde pas à devenir son associée. Mais il en est de la vie comme du jeu. La roue tourne.

Le film de Stéphane Frears s’inspire de la vraie histoire de Beth Raymer qui, tout comme l’héroïne de la fiction, a été strip-teaseuse, puis parieuse en milieu sportif avant de connaître la célébrité littéraire en publiant l’histoire de sa vie dans un ouvrage intitulé, comme le film " Lady Vegas, les mémoires d’une joueuse".

Or, le fourmillement d’anecdotes du livre n’est pas toujours transposable au cinéma et si la Beth du livre brille par son assurance, son culot, si elle est une fille adorable, généreuse, son alter ego cinématographique la montre comme une jeune femme d’une grande vivacité, tout aussi spontanée et passionnée, mais un peu paumée. Et même si elle prend le plus souvent de mauvaises décisions, sa confiance aveugle en une vie meilleure est solidement ancrée en elle.

Sa rencontre avec Dink, qui est l’époux très épris d’une femme jalouse, donnera naissance à une relation platonique, atypique.

Elle et Dink n’ont en apparence aucun point commun. L’amitié, l’estime qui va les lier aura pris racine dans de mystérieuses profondeurs.

Ce qui a séduit Stéphen Frears dans cette histoire et l’a conduit à réaliser le film est d’une part la singularité de cette relation et d’autre part la réussite sociale soudaine et spectaculaire de Beth Raymer.

Il restait à découvrir, pour interpréter ce personnage tout en nuances et contrastes, une comédienne qui se devait d’être "unique".

Rebecca Hall réunit toutes les qualités et tous les défauts qui font qu’à l’écran apparaît une Beth Raymer authentique dans ses certitudes, dans ses contradictions, et dans cet espace très restreint où il lui faut loger l’essentiel de son personnage, un rayonnement constant mâtiné d’une constante tendance au doute.

Bruce Willis est presque méconnaissable dans ses "shorts longs" et tenues vestimentaires improbables. C’est dans sa fragilité, dans les fêlures de son personnage, qu’il rejoint celui de Beth Rayner.

" Lady Vegas" tient essentiellement aux qualités de ses interprètes mais il aurait fallu un traitement moins conventionnel pour qu’on puisse s’intéresser de bout en bout à ce monde de parieurs sportifs. Peut-être aurait-il fallu le talent dont Stephen Frears faisait preuve dans ses premiers films si inspirés et si singuliers.

Si son avant-dernier film, "Tamara Drewe" avait convaincu, c’est qu’il avait retrouvé, à ce moment-là, un ton personnel. L’adaptation du roman de Colette " Chéri" annonçait déjà une inquiétante perte de vitesse dans l’écriture cinématographique de ce réalisateur chevronné, qui a maintes fois fait ses preuves mais qui, ici, semble avoir perdu la main.

Reste un film de facture classique, pas désagréable à regarder, qui plaira à ceux qui sauront se passionner pour le monde des parieurs sportifs.

Francis Dubois

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