Actualité théâtrale

Maison de le poésie jusqu’au 25 mars 2012

"Laissez-nous juste le temps de vous détruire" Partenaire Réduc’snes

"Laissez-nous juste le temps de vous détruire" d’Emmanuelle Pireyre. Mise en scène Myriam Marzouki.

Il y a encore peu de temps, au tout début des années 2000, le citoyen moyen prétendait à un bonheur simple. Il s’agissait de réunir quelques éléments de confort encore à portée de main, un emploi rémunérateur, un toit, de préférence celui d’une maison individuelle avec un coin de gazon où installer de temps en temps un barbecue convivial et des enfants joueurs, affectueux et en bonne santé.

Or, depuis quelques années, cette notion du bonheur a pris l’eau et l’époque des petits questionnements individuels, de la déco, du yoga et des barbecues entre amis est en train de passer à la trappe. De nouveaux problèmes ont surgi et, devenus prioritaires, ont fit naître d’autres interrogations : la qualité de l’eau, la radioactivité, les cultures transgéniques, la dangerosité des engrais qui polluent la nourriture, l’empoisonnement à doses homéopathique depuis le biberon jusqu’aux traitements médicamenteux.

"Laissez-nous juste le temps de vous détruire" fait suite à la précédente création de la compagnie "Européana, une brève histoire du XXème siècle" .

Le texte de Patrik Ourednik dressait l’épopée du siècle passé.

Celui d’Emmanuelle Pireyre fait état du désarroi qui saisit l’individu en cette première décennie du XXIème siècle, insistant sur la rapidité avec laquelle les choses ont évolué, multipliant les dangers et mettant le citoyen au pied du mur d’une époque devenue à tous points de vue menaçante.

Les tentatives individuelles pour faire face à la multiplication des dangers relayés par les médias, à la dégradation de la planète, à l’éphémère auquel sont voués les objets qui meublent nos univers domestiques, sont peut-être à tenter, mais vaines face au processus monumental enclenché par un marché qui submerge.

Le texte d’Emmanuelle Pireyre met la lumière sur des figures contemporaines et ajuste la focale sur des personnages à peine stéréotypés qui se posent la question de savoir que faire face à un monde où il est de plus en plus difficile de se situer, un univers où la virtualité des échanges modifie jusqu’à notre langue et nos relations, où toute initiative individuelle se cogne aux contraintes techniques et aux lois économiques.

Les comédiens ont travaillé en improvisation à partir de situations proposées par Emmanuelle Pireyre. De tous les personnages sont sortis ceux de Justine et Géraud, de Maureen et Malcolm.

Le texte est alerte et drôle, portant à la fois sur des parties dialoguées et sur des réflexions personnelles, des monologues qui font mouche, des ping-pong verbaux ciselés, souvent irrésistibles.

Le parti-pris d’une mise en scène vive, très mobile ne relègue jamais au second plan, la gravité du propos de fond.

Si le spectacle flotte un peu au tout début (mais c’était la première) il prend très vite son rythme et nous ravit autant qu’il nous inquiète.

Francis Dubois

Maison de la Poésie Passage Molière 157 rue Saint-Martin 75003 Paris

www.maisondelapoesiedeparis.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Le commencement du bonheur"
    Giacomo Léopardi a écrit en 1824 des petites pièces philosophiques, Operette morali, une œuvre tonique, brève et subversive, à contre courant des gesticulations et prétentions stériles d’un genre... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Phèdre" de Sénèque
    Sénèque aurait écrit 9 tragédies, toutes inspirées de légendes grecques, dont Agamemnon, Hercule furieux, Hercule sur l’Oeta, Œdipe, Médée –qui est au programme des Amandiers en fin de saison, et que met en... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Nathan Le Sage" de Lessing
    Jérusalem, 1187. Le nouveau maître de la ville, le sultan Saladin, en ce temps de Croisades appelle au respect de la foi musulmans, juifs et chrétiens. Les Templiers qui tuent en invoquant Dieu... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Sept secondes/ In god we trust" de Falk Richter
    Un pilote de l’armée américaine est suivi dans son quotidien, lequel consiste pour l’essentiel à larguer des bombes sur l’Irak. Il agit avec la concentration et l’application d’un enfant devant ses... Lire la suite (Mars 2008)
  • "Anagrammes pour Faust"
    Certains objets de notre quotidien aspirent comme certains humains à la vie éternelle. C’est le postulat de départ de la pièce. Ce souhait d’éternité nous renvoie à Faust qui, pour ce pouvoir, vendit son... Lire la suite (Mars 2008)