Année 2018-2019

Langues Vivantes : Enseignement dégradé, diversité malmenée, politique à réviser (Strasbourg)

L’enquête LV SNES-FSU (janvier et mai 2018) montre que chaque réforme motivée par la « gestion de la pénurie » introduit davantage d’instabilité et précarise l’enseignement des LVER* (lycée et collège)

Si l’académie de Strasbourg se démarque depuis 30 ans par sa politique de soutien en faveur de l’allemand, l’ensemble du cursus secondaire présente les mêmes constantes qu’au niveau national, à savoir, la lourdeur des effectifs, l’insuffisance horaire (sous le seuil de 3h/semaine), l’offre linguistique réduite à 2 (+1) langues, allemand-anglais + espagnol. La gestion de la diversité et de la richesse offertes par les autres langues vivantes relève de l’affichage et du bricolage.

Dans la plupart des collèges, l’enseignement bilangue allemand-anglais (2x3h), d’abord supprimé, a été maintenu et souvent imposé en 6e. La diversification promise avec l’introduction de la LV2 en 5e est restée promesse ; elle a tout juste permis le maintien de l’espagnol, a poussé davantage vers l’extinction de l’italien, notamment dans le Haut-Rhin, et n’a pas profité du tout aux autres LV déjà extrêmement fragilisées bien avant la réforme. Certains collèges ne proposent que le binôme allemand–anglais.

Les horaires sont respectés mais la forte hétérogénéité liée aux multiples combinaisons LV1-LV2, la multiplication de groupes chargés (>26 à 30), sauf dans les classes bilingues, et la fin des groupes à effectifs réduits presque partout sont des sources majeures de difficultés et de stress. Pour faire face, quelques collèges se tournent vers les groupes de compétences visant les niveaux (B1 en LV1 et A2 en LV2 3e) du cadre européen (CERCL*).

La réforme du collège a fait voler en éclat le rythme habituel de nouveaux apprentissages après 2 ans (6e /4e). La suppression des sections euro - d’une année à l’autre, la suppression /assouplissement des groupes bilangues, et l’introduction de la 2e LV en 5e font de chaque année de collège une année d’ajustements ; une tâche rendue plus compliquée par la baisse horaire et les effectifs alourdis (26 à +30 ! en LV1 et LV2) mettant à mal la prise en charge de l’hétérogénéité grandissante.

Au lycée, on retrouve le même trio mais avec une inversion ; l’anglais domine, suivi de l’allemand (LV1-LV2) et de l’espagnol. En cycle terminal de 1re/Term série Littéraire, LELE* & LVA* sont essentiellement proposées en anglais, la question des effectifs et la DHG ayant progressivement eu raison de la volonté de l’ouvrir à d’autres LV.

Les horaires sont globalement respectés mais la perte d’1h/sem pour quelques élèves ici et là du fait des chevauchements de cours sont plus courants. En LV3, les élèves souvent regroupés en 1re/Terminale voient leur horaire amputé sous prétexte d’effectif « faible ». Les LV continuent d’être une variable d’ajustement de la DHG et sont loin d’être une priorité.

La diversité affichée et l’accès réel aux diverses LV est particulièrement problématique. Si l’espagnol est relativement accessible, les autres langues -arabe, italien, portugais, turc, russe, ..... sont surtout proposées en LV3, dans quelques lycées seulement, dans le cadre de postes à complément de service (7 établissements pour un des 3 collègues de turc) et des regroupements le mercredi et le samedi. Dans ces derniers cas, l’enseignement est mis à rude épreuve du fait des incompatibilités horaires, de l’absence de concertation (est-elle possible ?) entre les établissements, (les élèves de 10 établissements regroupés pour l’italien, 17 établissements pour le portugais), de l’hétérogénéité intenable et de la diversité des modalités d’évaluation auxquelles les collègues sont confrontés.

La conséquence en est la déperdition massive du nombre d’inscrits entre la 2nde et la terminale et des conditions de travail épuisantes pour les collègues enseignant dans le cadre des regroupements ou des postes à compléments, alors que le nombre de candidats inscrits aux examens est important.

Cette diversité est une richesse à valoriser. La gestion doit être revue pour donner une visibilité, un accès réel et des conditions d’enseignement décentes.

S’agissant du Baccalauréat ECA*, l’absence de toute référence nationale laisse le champ libre à une gamme de pratiques et de négociations annuelles des modalités et des indemnités financières à l’échelle de l’établissement. Les épreuves (Compréhension Orale et Expression Orale) se déroulent à des dates très variables entre février et fin avril, soit un écart de 6 semaines d’un lycée à l’autre. La conception des sujets, la passation de l’épreuve et la correction de la CO est collective ou individuelle, l’EO est faite sur temps banalisé ou personnel. Quoi qu’il en soit, les épreuves de LV Evaluées en Cours d’Année (ECA) sont une remise en cause du principe républicain, et de l’égalité de traitement des candidats. Tous les collègues sont unanimes ; un cadrage national et une banque de données nationale sont indispensables.

Les conditions de travail. Les collègues soulignent les difficultés grandissantes dues à l’horaire hebdomadaire insuffisant couplé à la forte hétérogénéité, qui donnent le sentiment de ne plus être face à des groupes cohérents de langue.

L’instabilité et la précarité font désormais partie des réalités vécues ou craintes des collègues de langues du fait de l’augmentation du nombre de postes à complément de service (CS) ; à l’instar des collègues de LV dites à faible diffusion, qui travaillent sur 2 ou 3 voire 6 établissements, ils sont davantage confrontés à la précarisation du métier.

La part croissante de contractuels non formés et ne connaissant pas l’Education Nationale ajoute une autre instabilité au sein des équipes, certains collègues se voyant pressés par les IPR pour être « tuteur » en cours d’année.

La réforme Blanquer et l’organisation du baccalauréat « maison » ne peut qu’inquiéter les professeurs de LV qui dénoncent déjà les ECA car elle instaurera l’évaluation permanente au mépris de la qualité des apprentissages.

L’annonce d’une généralisation des certifications coûteuses inquiète également car cela remettrait en cause la place des LV dans le diplôme national. L’annonce de recourir à plus de contractuels inquiète encore davantage l’ensemble des enseignants de LVER qui revendiquent :
- le retour à 3h hebdomadaires par classe à effectif réduit ;
- une vraie politique de diversification des langues, une véritable formation initiale et continue ;
- des épreuves terminales nationales à valeur européenne au Baccalauréat (et la suppression des certifications).

Le SNES-FSU portera les revendications des collègues à l’échelle académique, dans les diverses instances et notamment lors de l’audience au rectorat le 29/6/18.

Rappels :
- Seule la 1re HSA peut être imposée, tout collègue peut refuser au-delà de la 1re HSA.
- La charge du tutorat, d’un stagiaire et/ou d’un contractuel ne peut être imposée, même si la pression d’un IPR est forte. Seuls les collègues volontaires peuvent être sollicités.
- Seuls les collègues titulaires volontaires peuvent être sollicités pour faire passer les certifications. Un stagiaire ne peut l’être.

*LVER : Langues Vivantes Etrangères et Régionales
* CERCL : Cadre Européen de Référence de Compétences en Langue
*LELE : Langues et Littérature en Langue Etrangère : enseignement obligatoire en 1e et Term série L
* LVA : Langue Vivante Approfondie
* Bac ECA : Evaluation en Cours d’Année –épreuve évaluées avec dates de passation définies dans un cadre académique.

SNES académique - secteur Langues

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