Année 2017-2018

Langues régionales (Nice)

Le printemps 2018 aura, pour les langues régionales, une résonance toute particulière. En effet, après plus de vingt ans de lutte du monde associatif et syndical se déroulera la première session de l’agrégation des langues de France avec les options b asque, breton, catalan, corse, créole, tahitien et occitan-langue d’Oc (auquel appartient le niçois) créée au mois de mars dernier. Il s’agit là d’une reconnaissance importante des langues régionales et de leur enseignement en France. Cette création va également permettre d’ouvrir aux collègues concernés des perspectives de carrière égales à celles des collègues des autres disciplines (professeurs documentalistes et de technologie exceptés). Cette bonne nouvelle ne fait pas disparaître les interrogations et les inquiétudes. La mise en place de l’agrégation sera progressive (par exemple les options basque et catalan se dérouleront en 2019), la publication des programmes pour 2018 n’interviendra pas avant l’automne. D’autre part, ni l’ESPE ni la faculté ne proposent une formation au concours d’enseignant d’occitan-langue d’Oc. Les candidats locaux devront donc soit s’expatrier dans d’autres académies soit se former eux- mêmes. À ce manque de formation s’ajoutent le manque d’enseignants (une vingtaine de professeurs certifiés d’occitan dans l’académie de Nice) et par consé-quent les mauvaises conditions de travail et donc d’apprentissage. Une majorité de col- lègues se retrouvera à la rentrée sur deux, trois, voire quatre, établissements. Surtout, la réforme du collège a fragilisé la réforme des langues régionales ce qui s’est traduit dans certains établissements par des baisses, voire la disparition, de ces ensei-gnements. En outre, la remise en cause de la circulaire du 12 avril 2017 relative à l’en-seignement des langues et cultures régionales est un recul inquiétant tout comme la volonté du nouveau pouvoir d’accroître l’autonomie des établissements et les pouvoirs de leurs chefs. La vigilance est donc de rigueur. Le SNES-FSU, conscient de l’apport culturel des langues régionales, continuera à s’investir tant localement que nationalement pour les défendre. Comme le rappelait avec brio l’historienne Mona Ozouf lors du séminaire sur les langues régionales organisé par le SNES- FSU le mois dernier : « ce n’est pas parce que le français est langue officielle que les langues régionales perdent leur valeur. Le choix d’un élément ne fait pas disparaitre l’autre. L’identité est faite d’appartenances étagées, feuilletées. Une langue particulière ne nuit pas à une langue dominante »

Jean-Paul Clot

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