Rapports

Langues vivantes : une amélioration des performances ?

Article de l’US Mag n°773 du 23 septembre 2017.

D’après l’enquête CEDRE, le niveau monte globalement en langues vivantes.
Une analyse plus fine s’impose sur la méthode d’évaluation retenue et sur la part de l’oral et de l’écrit.

L’enquête CEDRE(1) réalisée par la DEPP(2) montre que « le niveau des acquis en anglais des élèves de Troisième est en hausse depuis 2010 en compréhension de l’oral et en compréhension de l’écrit » ; en espagnol et en allemand, il y a « des progrès à l’écrit » et « une stabilité à l’oral ».

Les filles sont plus performantes dans les trois langues. La note de la DEPP ne l’explique pas, alors que la question traverse tous les pays de l’OCDE : le poids des stéréotypes sociaux est fort et pour de nombreux garçons, il n’est pas socialement acceptable de montrer leur intérêt pour l’école (cf. enquêtes PISA). Autre élément intéressant : l’origine sociale pèse fortement ; les écarts de niveau entre les élèves des collèges les plus favorisés socialement et ceux des collèges les plus défavorisés demeurent importants. Une réflexion de l’institution pourrait être engagée sur ce sujet.

Résultats à nuancer

Il faut préciser que cette enquête est basée sur les anciens programmes. Pour l’anglais, ont été utilisés majoritairement des tests de niveau A2, c’est-à-dire en dessous des attendus actuels qui intègrent quelques activités de niveau B1 du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL). Il sera donc intéressant de suivre les autres enquêtes CEDRE.

Enfin, il faut noter les écarts de résultats en expression écrite entre l’anglais d’un côté et l’espagnol et l’allemand de l’autre : si en anglais il existe « une difficulté persistante de produire un texte sans aucune aide ni amorce », dans les deux autres LV, les performances sont en hausse, laissant sous-entendre que la pratique de l’écrit est peut-être différente d’une langue à l’autre.

Pour le SNES-FSU il n’est pas envisageable de faire travailler sérieusement toutes les activités langagières dans des groupes pléthoriques et avec des horaires insuffisants. Le nombre d’élèves ne rédigeant pas, peu ou plus au baccalauréat en est également ­l’illustration. L’institution devrait donc rappeler l’importance de ne négliger aucune activité langagière et relativiser la politique du « tout oral » préconisée depuis des années.

Marc Rollin, Georges Thai

(1) Cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon. L’enquête CEDRE suit tous les six ans le niveau des élèves en langues. Elle consiste en exercices de compréhension écrite et orale et d’expression passés par près de 4 000 collégiens de Troisième pris dans 164 collèges.

(2) Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale.

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