Actualité théâtrale

Jusqu’au 3 juillet à la Maison de la Poésie

« Le Bal de Ndinga »

Léopoldville, le 30 juin 1960, la veille de la proclamation de l’indépendance, Ndinga, homme de ménage dans un hôtel, rêve de dignité dans un Congo enfin libre. Il rêve aussi du corps de Sabine qu’il pourra enfin s’offrir contre trois mois de salaire. Il est avec son ami au cœur de la manifestation, il danse au rythme de « Indépendance tcha tcha », jusqu’au moment où une balle perdue viendra briser son rêve.
Le texte du Congolais Tchicaya U Tam’si, créé en 1990 par Gabriel Garran, surprend par sa richesse, son lyrisme, sa poésie et sa puissance. Il fait vibrer tous les sentiments, la douleur, l’humour, la révolte face au mépris des colonisateurs, la dérision, la revendication de dignité. Face aux colonisateurs qui affirment : « le Congo aura toujours besoin de nous, les Blancs, indépendance ou pas c’est toujours la même chose », il y a les serviteurs qui pleurent pour que le patron ne « coupe pas la semaine » et leur paie leur salaire, mais qui disent « au fond, on aiguise les couteaux ». Poésie et humour se mêlent : « la mort se cueillait au coin des rues… La mort est la seule denrée de luxe qui se donne gratuitement. Tout le reste s’achète ».

Le Bal de Ndinga est un récit à quatre voix. Pascal Nzonzi qui a joué dans la mise en scène de Gabriel Garran, a eu le désir de jouer seul tous les personnages de cette histoire. Il est le narrateur-ami de Ndinga, le patron belge, le sergent bégayeur, la nièce de Ndinga. Une pièce de tissu pour les femmes, un accent, un bégaiement, des nuances dans la voix suffisent pour que tous nous apparaissent. Dans la petite salle voûtée aux murs de pierre apparente de la Maison de la Poésie, le beau jeu des lumières nous emmène dans la nuit africaine. On est dans une veillée où le conteur nous entraîne dans la beauté, la poésie et la force de la langue de Tchicaya U Tam’si et où, véritable caméléon, il fait vivre tous les protagonistes de cette histoire. Il excite notre imaginaire et nous enchante et l’on n’est pas prêt d’oublier l’« Indépendance tcha tcha » de Ndinga.
Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
Maison de la Poésie
Passage Molière
157 rue Saint-Martin, 75003 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 54 53 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Sept secondes/ In god we trust" de Falk Richter
    Un pilote de l’armée américaine est suivi dans son quotidien, lequel consiste pour l’essentiel à larguer des bombes sur l’Irak. Il agit avec la concentration et l’application d’un enfant devant ses... Lire la suite (Mars 2008)
  • "Anagrammes pour Faust"
    Certains objets de notre quotidien aspirent comme certains humains à la vie éternelle. C’est le postulat de départ de la pièce. Ce souhait d’éternité nous renvoie à Faust qui, pour ce pouvoir, vendit son... Lire la suite (Mars 2008)
  • "Mère Courage et ses enfants"
    Brecht écrit Mère Courage en 1938, en pleine montée du nazisme. Alors que la menace de guerre plane sur l’Europe, il est contraint de s’exiler... Brecht choisit de situer l’action de Mère Courage... Lire la suite (Mars 2008)
  • Trois textes de Marie Ndiaye sur scène : "Rien d’humain", "Les Serpents", "Hilda"
    Trois metteurs en scène très différents pour servir trois textes de Marie Ndiaye qui traitent de sujets proches, l’autorité, la possession, le vampirisme. La langue de cet auteure singulière va sans... Lire la suite (Mars 2008)
  • "L’Ingénu" d’après Voltaire
    L’Ingénu dit avec franchise et sans retenue ce qu’il pense. Au cours d’un voyage à travers le monde, il s’arrête en Bretagne, l’endroit de ses origines. Il y rencontre l’amour, la religion et des... Lire la suite (Février 2008)