A la découverte de l’établissement

Le Collège

Le collège dit « unique » a été initié par la réforme de René Haby en 1975. Auparavant, les élèves issus de l’école primaire étaient orientés dans une des trois filières distinctes de formation, socialement marquées, cette réforme visait à scolariser tous les élèves dans un même lieu : le collège mais sans changer les contenus d’enseignement pensés pour une minorité. Son unification a été progressive.

Ses limites

Depuis 1995, le collège semble rencontrer ses limites sur un « noyau dur » d’élèves en grande difficulté. Pourtant, les difficultés scolaires ne naissent pas au collège (15 à 20 % des élèves quittent le CM2 avec de très faibles compétences, notamment en lecture ou en mathématiques) ; elles s’y révèlent de façon plus aiguë parce que les savoirs et savoir-faire à acquérir au collège sont plus complexes, et que les contenus d’enseignement ne font pas toujours sens, notamment pour les élèves les plus éloignés de la culture scolaire. Taux d’encadrement en régression, classes de plus en plus hétérogènes aux effectifs trop lourds, travail quasi exclusif en classe entière, réduction des horaires disciplinaires..., les politiques gouvernementales successives ont négligé l’importance de l’investissement éducatif au niveau du collège, alors que, dans le même temps, les inégalités sociales se sont amplifiées creusant encore les inégalités scolaires. La réforme du collège mise en œuvre depuis la rentrée 2016 contre l’avis majoritaire de la profession et à marche forcée ne permet pas de résoudre ces difficultés et risque même de les aggraver. AP et EPI ont été pris sur les horaires disciplinaires. Des enseignements et/ou des options ont été supprimés ou mis à mal (latin, classes bilangues, sections européennes…). La mise en œuvre locale des modalités d’organisation de la réforme au nom de l’autonomie et de l’adaptation au public scolaire creuse les inégalités et accentue la concurrence entre les établissements. La mise en œuvre du LSUN vise à modifier en profondeur les pratiques d’évaluation des élèves tout en dépossédant les enseignants de cette mission au profit de la hiérarchie (chefs d’établissement, IPR, rectorat). Si l’assouplissement de la réforme du collège a permis quelques gains, notamment, en ce qui concerne les EPI ou le rétablissement de certains enseignements, il a renforcé l’autonomie et la mise en concurrence des personnels, des disciplines et des établissements en ne prévoyant aucun financement fléché des options. C’est à l’établissement de les prendre en charge sur sa marge horaire qui sert aussi à alimenter les groupes à effectif réduit et les co-interventions. Faire réussir les élèves au collège passe par une augmentation des moyens qui permettrait notamment une baisse des effectifs.
Faute de solution, les élèves restés en échec au collège adoptent souvent des comportements de passivité, de rejet, voire de violence ; privilégiant l’appartenance au groupe de pairs, ils opposent souvent la sociabilité juvénile aux normes scolaires, ce qui pèse sur la gestion de la classe. Dans les collèges notamment des quartiers défavorisés, le temps est de plus en plus dévoré par la gestion des problèmes éducatifs aux dépens des apprentissages scolaires.

Le SNES-FSU, le SNEP-FSU et le SNUEP-FSU ont pris toute leur place dans la concertation qui a précédé l’élaboration du projet de loi de refondation de l’école qui affiche le retour à une ambition pour tous les élèves et une réduction des inégalités scolaires. L’éviction vers l’alternance pour les élèves de moins de 15 ans et l’apprentissage junior sont abrogés.
La loi a ajouté la dimension culturelle au socle commun, et c’est le nouveau Conseil supérieur des programmes (CSP) qui en a défini les contenus : il faut noter dans ce nouveau socle une rupture avec le socle de 2005. Le socle est désormais le « programme des programmes » et non plus un objet distinct d’eux ; il cherche à construire une culture commune à tous et non plus des compétences utilitaristes visant à la seule employabilité des élèves. Cependant, la mise en place du LSUN ainsi que des évaluations de fin de cycle Sixième/Troisième conduit à un retour vers le LPC et à la multiplication des injonctions qui remettent en cause l’expertise professionnelle des enseignants et entravent leur liberté pédagogique. Les nouveaux programmes conçus par cycle et de manière spiralaire dont la plupart ne disposent d’aucun repère annuel ne sont pas satisfaisants.
Alors que la loi de Refondation faisait le choix de ne pas installer un continuum structurel fondant école primaire et ­collège en une seule entité, force est de constater la constance avec laquelle les choix ministériels tendent à primariser le collège : les textes d’application de la loi de Refondation, notamment pour le conseil école/collège, ne nous satisfont pas avec une présidence conjointe chef d’établissement/IEN et un mode de désignation de ses membres peu ­démocratique. Les cycles ­installés dans l’urgence ont créé un cycle déséquilibré CM1/CM2/Sixième et un cycle ­Cinquième/Quatrième/Troisième pensé sans liaison avec le lycée. La réforme du collège imposée par le ministère a pour objectif le développement de l’autonomie qui se traduit par un renforcement des pouvoirs du chef d’établissement ainsi que la gestion locale d’une partie des moyens et des contenus fragilisant ainsi le cadre national. L’interdisciplinarité mise en œuvre contre les disciplines ne peut être une solution aux difficultés des élèves. Mise en œuvre à marche forcée et accompagnée de formations indigentes, la réforme du collège a fortement dégradé les conditions de travail des collèges. Le Snes-FSU et le Snep-FSU continueront à se battre pour que le collège bénéficie d’une autre réforme.

Les parcours
Quatre parcours éducatifs doivent être mis en place de l’école élémentaire à la Terminale : le parcours citoyen (PC), le parcours avenir (PA), le parcours d’éducation artistique, culturelle (PEAC) et le parcours éducatif de santé (PES). Ils s’appuient sur les enseignements.
Le parcours citoyen (PC) a pour double objectif de faire connaître aux élèves les valeurs de la République et de les amener à devenir des citoyens libres et responsables. Il est censé se construire autour de l’enseignement moral et civique, de l’éducation aux médias et à l’information, de l’éducation à l’environnement et au développement durable. Toutes les disciplines y concourent.
Le parcours avenir (PA) est défini, sous la responsabilité du chef d’établissement et avec l’élève, ses parents ou son responsable légal, par les psychologues EDO, les enseignants et les autres professionnels compétents. Les administrations concernées, les collectivités territoriales, les organisations professionnelles, les entreprises et les associations contribuent à sa mise en œuvre.
Le parcours d’éducation artistique et culturelle (PEAC), s’appuyant sur les enseignements, il a pour ambition de favoriser l’égal accès de tous les élèves aux arts et à la culture à travers l’acquisition d’une culture artistique personnelle. Il a pour but de mettre en cohérence toutes les actions menées dans le cadre de l’éducation artistique et culturelle dans tous les cycles. Les élèves sont censés découvrir des œuvres de tous les domaines artistiques et garder une trace réflexive de ces découvertes. Les projets proposés doivent respecter les objectifs à atteindre en fin de cycle listés dans le référentiel.
Ces parcours ne doivent pas piloter les contenus d’enseignement ; les missions de chacun doivent être respectées (enseignants, partenaires ­culturels, psy-ÉN, etc.).
Le parcours éducatif de santé (PES) comprend trois axes : l’éducation à la santé (basée sur le socle commun des connaissances, de compétences et de culture et les programmes scolaires et définissant des compétences à acquérir à chaque étape de la scolarité), la prévention (actions centrées sur une ou plusieurs problématiques de santé prioritaires ayant des dimensions éducatives et sociales) et la protection de la santé (démarches liées à la protection de la santé des élèves mises en œuvre dans l’école et l’établissement).

Faut-il abandonner la démocratisation de l’école ?
Face à des problèmes d’une telle ampleur, une partie de la profession doute de la possibilité d’assurer la réussite de toute une classe d’âge. S’appuyant sur les difficultés réelles du collège, certains proposent de revenir à un système plus sélectif, avec éviction précoce et des filières ségrégatives. Le SNES-FSU et le SNEP-FSU proposent de construire un collège plus juste et plus humain qui forme des individus libres et éclairés et qui prépare tous les jeunes à des poursuites d’études en leur donnant les moyens de s’approprier une culture commune exigeante.
Cela demande :
• de concevoir des programmes plus cohérents entre eux qui donnent du sens aux apprentissages ;
• de donner aux professeurs les moyens de diversifier leurs pratiques pédagogiques dans des classes moins chargées, en alternant travail en classe entière et travail en groupes dans toutes les disciplines ;
• de penser une formation initiale et continue de qualité, en lien avec les résultats de la recherche ;
• de penser une évaluation des élèves plus soucieuse de repérer les réussites, mais sans démagogie.
Cela suppose aussi :
• des équipes pluriprofessionnelles complètes qui ont du temps pour travailler ensemble, se concerter, dialoguer avec les familles et les élèves en suivant plus particulièrement les plus fragiles ;
• une carte scolaire repensée pour viser partout plus de mixité scolaire et sociale ;
• une éducation prioritaire au périmètre suffisant, dotée à hauteur des besoins, avec des équipes respectées dans leur professionnalité et dans leurs droits.

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