Actualité théâtrale

Théâtre Gérard Philipe Centre dramatique national de Saint-Denis Du 25 septembre au 17 octobre

"Le Dibbouk ou entre deux mondes" Texte de Shalom An-Ski - Mise en scène Benjamin Lazar.

" Le Dibbouk " a été écrit par Shalom An-Ski en 1915. La pièce fonctionne sur la trame dramatique d’un Roméo et Juliette tout en suivant les codes narratifs du conte traditionnel.

Dans une petite communauté juive de l’empire tsariste du XIX siècle, deux jeunes gens, Leye et Khonen, s’aiment.

Mais cet amour n’est pas du goût du père de Leye qui refuse que sa fille unique épouse un jeune homme de moindre condition.

Profondément atteint par sa déconvenue amoureuse, le soupirant malheureux se plonge dans l’étude de la kabbale, les prières et les jeûnes et finit par mourir de désespoir.

Leye devra épouser un riche parti désigné par son père mais, alors que la noce se prépare sur la place du village, elle se rend au cimetière pour inviter l’esprit de sa mère à participer à la fête.

Là, elle repense à Khonen et décide de le convier également.

La cérémonie est sur le point de commencer quand l’âme du jeune homme mort devenu Dibbouk, prend possession du corps de Leye et s’oppose à l’union.

"Les deux mondes" qui vient en complément du titre de la pièce annonce l’existence des thèmes contrastés abordés par An-Ski : la vie et la mort, l’amour et le mariage de raison, le fantastique et le réalisme, la culture et la religion, les temps anciens et les temps nouveaux.

En ouverture de " Le Dibbouk ", Benjamin Lazar a ajouté un prologue que Shalom An-Ski a rédigé et publié sous le titre "Der Mensch" ("L’homme" en Yiddish) et qui se présente sous la forme d’interrogations à propos de croyances populaires sur la femme enceinte, le fœtus, des recettes pour un accouchement réussi.

Si cette introduction surprend, elle va se justifier par la suite et trouver sa parfaite utilité.

Non seulement la succession de questions insolites ou amusantes va servir à opérer le glissement entre le présent de la représentation et la pièce elle-même mais elle va annoncer le parti-pris de mise en scène, la façon fluide et naturelle pour la douzaine de comédiens et les trois instrumentistes, tous ensemble présents dans de nombreuses scènes, d’occuper le plateau.

Au prologue va succéder une période de rituels religieux émaillée de prières chantées, psalmodies et cantillations de la bible, de chants de mariage et l’apparition de cornes qui trouveront leur justification dans les scènes d’exorcisme.

Ces moments d’introduction sont comme un lever de voile très progressif sur le motif central du drame

L’écriture de cette pièce a fait l’objet de la part de Shalom An-Ski d’une recherche approfondie des traditions orales et musicales chez les juifs d’Europe de l’Est et de Russie.

La musique et les chants jouent un grand rôle dans "Le Dibbouk" notamment dans le passage du réalisme au fantastique.

Avec la collaboration du compositeur Aurélien Dumont, le spectacle revisite la musique juive populaire et religieuse.

Le choix de laisser longtemps le spectacle à la périphérie du drame conduit avec d’autant plus de force jusqu’au motif central, à la représentation stricte. On comprend alors comment cet amour s’est formé, dans quelle société, quel système coercitif et comment apparaît le Dibbouk qui a trouvé le moyen terrible de ne plus quitter la jeune fille et de remédier à l’injustice profonde dont il a été victime.

Les périodes de prières et d’incantation donnent parfois une impression de longueur, d’étirement jusqu’au moment où on découvre qu’ils étaient les pièces non maîtresses mais essentielles du puzzle dramatique.

Francis Dubois

Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis.

59 Boulevard Jules Guesde – 93 200 Saint-Denis.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative 01 48 13 70 00

www.theatregerardphilipe.com

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