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Un film de Jànos Szàsz (Hongrie)

"Le Grand Cahier". Sortie en salles le 19 mars 2014.

Agota Kristof a 51 ans quand elle publie " Le grand cahier" en 1986. Cette œuvre qui fait partie de "la trilogie des jumeaux", devient un des grands romans de la littérature de la fin du vingtième siècle. Il sera traduit dans une quarantaine de langues.

Les nazis ont pénétré en Hongrie et la guerre fait rage dans les grandes villes du pays. Pour les mettre à l’abri du danger qui les menace, une mère confie ses jumeaux d’une douzaine d’années à leur grand-mère qui vit pauvrement à la campagne.

Confrontés dès leur arrivée à la ferme à une vieille femme méchante, sale et avare, les deux garçons n’ont d’autre solution, pour se protéger du froid, de la faim et des cruautés quotidiennes, que de s’aguerrir. Ils vont, pour cela, se livrer à des exercices d’endurance, rejeter les règles de morale traditionnelle pour les remplacer par les leurs. A leur tour, ils apprendront à pratiquer la cruauté…

Le grand cahier que leur a offert leur père avant de les quitter est celui où ils ont promis de noter les événements de leur vie, au jour le jour.

Etait-il aisé de tenter d’écrire pour le cinéma une adaptation de ce qui est devenu une œuvre incontournable, une sorte de modèle du roman d’apprentissage.

Le travail d’adaptation de Jànos Szàsz et Andras Szeker, sans doute soucieux de ne pas trahir Agota Kristof, est irréprochable. Peut-être même, l’est-il trop.

Car il est possible qu’à vouloir éviter au récit cinématographique toute trace d’émotion, le film en finisse par se trouver réduit à la série de séquences d’épreuves auxquelles sont soumis (se soumettent volontairement) les jumeaux et à quelques scènes annexes visiblement traitées avec beaucoup de prudence.

Fallait-il prendre quelques libertés avec l’œuvre écrite, un peu de distance avec l’enchaînement des événements pour en arriver à un film qui ne prenne pas son rythme narratif dans un seul exercice démonstratif et finalement privé d’âme.

N’aurait-il pas fallu nuancer un peu plus les personnages de la grand-mère, celui de l’officier allemand ou de "Bec de lièvre" pour libérer le récit filmique d’une rigidité, d’un carcan qui en font une sorte de catalogue d’épisodes.

D’autant que la "sécheresse" du film contraste avec une image très belle, un travail soigné des lumières, des couleurs et qu’elle rejoint le plus souvent "à la lettre", avec infiniment de soin, l’œuvre initiale.

Les deux jeunes comédiens qui interprètent les jumeaux sont parfaits et leur évolution sur la voie de la cruauté est plutôt bien conduite. Ils dégagent à travers la candeur de leur âge une inquiétante et douloureuse présence.

Pour des raisons que Jànos Szàsk attribue au passage de l’écrit à l’image, les scènes qui ont parfois fait polémique et qui parlaient explicitement de sexualité et de violence sont passées à la trappe de l’auto censure.

On se souvient (ou pas) de l’affaire d’Abbeville quand le 23 novembre 2000, des policiers sont venus arrêter un enseignant en plein déroulement de son cours à la suite de plaintes de parents qui lui reprochaient de conseiller la lecture d’œuvres pornographiques à ses élèves.

Il s’agissait du "Grand cahier" et des scènes qui sont absentes du film.

La sagesse voulait sans doute, que pour un film qu’iront certainement voir de nombreux collégiens, les enseignants et encadrants ne soient pas exposés, en cette période incertaine où tout est possible, à la même mésaventure.

Francis Dubois

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