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Un film d’Aki Kaurismäki (Finlande-France)

"Le Havre" Sortie en salles le 21 décembre 2011

Marcel Marx, la cinquantaine sonnée, vit avec sa femme dans une modeste maison de la ville portuaire du Havre. Ex écrivain et bohème convaincu, il est devenu cireur de chaussures de rue, un métier honorable mais peu rémunérateur.

© Pyramide

Son existence se passe entre son travail, le bistrot du coin où il est connu et boit des verres, et sa maison où il est assuré de l’affection de sa femme Arletty et de la fidélité de son chien.
Le Havre est une ville où les demandeurs d’asile sont nombreux et pourchassés. Au cours d’un contrôle de police, il assiste à l’échappée d’un jeune garçon africain dont il découvrira la cachette et qu’il viendra nourrir régulièrement.
Petit à petit, Marcel Marx s’attache à Idrissa qu’il prend sous son aile protectrice et qu’il accueille chez lui alors qu’Arletty, malade, fait un séjour à l’hôpital où elle subit un traitement lourd.
Avec l’entrée dans son univers d’Idrissa, Marcel, incorrigible philanthrope, décide d’entrer en action et de combattre le mur froid de l’indifférence humaine. Ses moyens sont limités mais assurés : ce sont son optimisme forcené et la solidarité de quelques habitants de son quartier, l’épicier qui fait crédit ou Yvette, la boulangère.

Tout le film de Aki Kauriskami repose sur le personnage de Marcel et sur l’interprétation qu’en donne André Wilms, comédien rare au cinéma, mais l’un des plus grands noms du théâtre subventionné. Sa bonhomie, son optimiste mais aussi sa détermination en font une sorte de salamandre dont aucun obstacle n’arrête le chemin qu’il s’est tracé.
Marcel sait qu’Arletty guérira même si les médecins la pensent condamnée et qu’Idrissa, passant entre les mailles du filet, parviendra à rejoindre la famille qu’il a en Angleterre. Car au simple contact de Marcel, les gens se révèlent bons, sont gagnés par l’humanité qu’ils tenaient enfouie au fond d’eux-mêmes. Et si le passage en bateau coûte très cher, Little Bob, le vieux rocker local reprendra sa guitare pour donner un concert dont la recette permettra de payer le passeur…
"Le Havre" est un conte moderne dont la bonne fée serait un cireur de chaussures.
Aki Kaurismaki, s’il reste dans le palpable du quotidien, ne s’embarrasse pas de vraisemblance à tout prix et son film fonctionne sur un léger décalage, depuis l’interprétation très "dandy" d’André Wilms, jusqu’à la générosité aveugle des comparses, en passant par l’entorse à ses fonctions dont se rend coupable le policier austère, pour finir d’aider Marcel à mener à bien la mission qu’il s’est donnée.
Et pour chapeauter le tout, pour donner la preuve que dans son film, nous sommes dans la vraie vie, et en même temps pas du tout, il y a le miracle final, un vrai miracle qui permet à Marcel, une fois sa mission accomplie, de reprendre sa vie à l’endroit même où il l’avait laissée.
"Le Havre" n’est pas "Welcome" et l’univers de Kaurismaki n’est pas celui de Philippe Lioret.
Chacun, à sa façon enfourche la même démarche. L’un dans le réalisme profond, l’autre dans la légèreté et l’angélisme.
Pourtant tous deux dénoncent le même non-sens dont se rend coupable l’homme en oubliant que l’autre est son semblable, qu’il s’en est fallu de peu que le pourchassé soit le chasseur, et que l’exécuteur de la loi, ait été la victime…
Un film généreux qui met entre les mains d’un cinéaste singulier un sujet de société douloureux.
Francis Dubois

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