Amérique Latine

Le Honduras sous la menace de la privatisation de l’éducation

Le Honduras, comme ses voisins d’Amérique centrale, a connu depuis les années 1990 une réorganisation administrative qui a conduit à beaucoup plus de décentralisation, mais cette tendance a permis aux intérêts privés de jouer un rôle grandissant dans le secteur éducatif. Un rapport d’avril 2019, rédigé par trois experts pour le compte de l’Internationale de l’Éducation fait le point sur la question.

Les investissements de l’État dans l’éducation sont parmi les plus bas de la zone centre-américaine, avec le Nicaragua et le Guatemala. L’État du Honduras dépense 979 dollars annuels par enfant en âge scolaire quand l’OCDE en dépense environ 10 000. Ceci laisse la porte ouverte au privé, dans un pays où beaucoup de parents ont une aspiration légitime à une ascension sociale par les études pour leurs enfants.
La loi de 2012 qui a rendu la scolarisation obligatoire dès la dernière année de maternelle a en réalité profité au secteur privé. Le gouvernement n’a pas investi dans la construction de nouvelles écoles et c’est la banque FICOHSA, par l’intermédiaire d’une fondation dite « philanthropique » qui en a profité pour s’implanter dans les secteur pré-élémentaire. La fondation FICOHSA agit en partenariat avec d’autres grands groupes financiers nord-américains tels Microsoft, Visa, Money Gram, Wells Fargo. Certes, ces investissements vont au secteur public et pallient ainsi les manquements de l’État, mais ils donnent aussi des orientations contestables à l’éducation publique : tout est fait pour développer les compétences techniques et aller vers l’apprentissage d’élèves que l’on destine à quitter l’école dès la fin des enseignements de base.

Des écoles privées payantes mais aux coûts très accessibles, même pour des familles pauvres, se sont par ailleurs multipliées dans les quartiers défavorisés des grands centres urbains de Tegucigalpa et San Pedro Sula : elles ne sont souvent même pas déclarées, échappent ainsi à tout contrôle de l’État. Dans le secteur public, le principe de gratuité, inscrit dans la loi, n’est pas toujours respecté : les parents payent les uniformes et les fournitures obligatoires et la gratuité des cantines, garantie depuis 2016, n’est pas toujours appliquée. Dans le second degré, les écoles publiques gratuites sont insuffisamment implantées dans les zones rurales, ce qui laisse la porte ouverte au secondaire privé et payant, qui regroupe 25 à 30 % des effectifs. Globalement, ce ne sont que 29 % des adolescents qui accèdent au secondaire.
Enfin, une privatisation rampante est à l’œuvre au sein-même du secteur public avec l’emprunt au secteur privé de technique de management par lesquelles on fait appel aux parents « clients » pour évaluer les enseignants : une application téléchargeable sur un smartphone permet aux parents qui le désirent de dénoncer l’absentéisme ou le mauvais suivi du programme par les enseignants qui peuvent se voir sanctionnés. Le rapport conclut sur les formes hétérogènes prises par la privatisation : l’intervention d’acteurs privés n’est pas seule en cause, il convient aussi de tenir compte de l’importation dans le secteur public de modèles de management issus du privé. L’inertie de l’État et les tendances décentralisatrices aggravent le processus, dans un pays où règne le clientélisme politique.

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