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Un film de Manoel de Oliveira adapté du roman "L’âme des riches" d’Agustina Bessa-Lufs

"Le Miroir Magique" Sortie en salles le 7 janvier 2009

A sa sortie de prison, Luciano devient le chauffeur et l’homme de compagnie d’Alfreda une riche propriétaire languissante, l’épouse de Bahia, musicien et mélomane. Le seul désir de cette femme désoeuvrée est d’assister un jour à une apparition de la vierge afin de pouvoir l’interroger et ainsi vérifier les affirmations d’un de ses proches, le professeur Heschel, spécialiste de l’Art biblique qui a toujours prétendu que Marie était riche.
Luciano retrouve en la personne de l’accordeur de piano attaché à la maison d’Alfreda, Felipe Quinta, un faussaire qu’il a connu en prison. Ensemble, ils décident de satisfaire le souhait d’Alfreda. Vincente rebaptisée April est très convaincante en vierge Marie quand elle revêt la robe immaculée et le voile bleu…

Manoel de Oliveira vient de fêter ses cent ans. S’il reste un réalisateur prolixe, son cinéma innovant est d’une richesse et d’une variété d’inspiration rarement égalées. Qu’il s’agisse d’œuvres originales comme "Belle toujours" dans laquelle il remettait en présence, des décennies après, deux personnages de "Belle de jour" de Bunuel, ou d’adaptations très personnelles comme celle, considérée comme le meilleur "Madame Bovary" qu’il réalisa sous le titre de "Val Abraham", ou cette autre intitulée "La lettre" inspirée de "La Princesse de Clèves", son œuvre ne cesse de surprendre et de séduire.
"Le miroir magique" est l’œuvre d’un farceur génial. Sous son apparence lisse et soignée, le film est d’une grande espièglerie. Il entretient d’un bout à l’autre un équilibre à la fois fragile et rigoureux entre l’austérité et la liberté la plus fantaisiste. Les décors magnifiques, l’élégance raffinée d’une Alfreda mélancolique et obsessionnelle au discours lyrique mystique et apprêté, sont sans cesse mis à mal ou contrebalancés par l’innocence cocasse de Luciano ou la malice potache de Felipe. La mise en place de la supercherie, l’intervention de personnages irrésistibles comme ceux de l’infirmière, de la servante ou de la couturière chargée de confectionner la robe de la vierge, le coma d’Alfreda ou les ellipses audacieuses que Manoel de Oliveira impose au récit sont d’une grande virtuosité.
Si Manoel de Oliveira est parvenu avec l’âge et l’expérience à une perfection narrative, il a su garder le regard ingénu et malicieux du jeune homme. Le mystère de la longévité serait-elle dans un dosage subtil d’exigence et de liberté débridée ?
Il faut aller voir "Le miroir magique" ne serait-ce que pour découvrir qu’on peut s’amuser et rire de bon cœur en regardant un film de Manoel de Oliveira.
Francis Dubois

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